Direct Soir n°390 29 aoû 2008
Direct Soir n°390 29 aoû 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°390 de 29 aoû 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 912 Ko

  • Dans ce numéro : Leonard Cohen l'émotion intacte

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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2 EN COUVERTURE Après de longues années d’absence, le poète canadien fait un retour réussi sur scène. LEONARD COHEN RETOUR EN GRÂCE Il a pris l’habitude de clore chaque récital de ce World Tour 2008 sur un clin d’œil. Lorsqu’il revient sur scène pour un ultime rappel, imploré par les torrents d’applaudissements d’un public qui en redemande, il reprend une chanson tirée de l’album New Skin for the Old Ceremony, sorti en 1974. Près de 35 ans plus tard, le titre I Tried to Leave You prend un sens nouveau. Initialement dédiées à sa femme, qu’il avait quittée après la naissance de leurs deux enfants pour rejoindre Israël alors en pleine guerre du Kippour, les paroles s’adressent aujourd’hui directement à des spectateurs avec lesquels il renoue une histoire d’amour interrompue il y a quinze ans. INSAISISSABLE Les admirateurs de Leonard Cohen n’osaient plus y croire. Ils s’étaient fait une raison lorsque le prophète canadien s’était retiré dans un monastère bouddhiste des environs de Los Angeles et avait annoncé son intention d’arrêter la scène. Mais subsistait le secret espoir que l’âme d’artiste reprendrait un jour le dessus sur la quête spirituelle. Car Cohen a toujours pris un malin plaisir a ne jamais être là où on l’attendait, à l’instar d’un autre monstre sacré auquel on l’a beaucoup comparé à ses débuts, Bob Dylan. Il commence sa carrière d’artiste par l’écriture, publiant quelques recueils de poésie (dont un, intitulé Flowers for Hitler, suscitera la polémique) ainsi que deux romans. Le second, Beautiful Losers, lui vaudra d’être comparé à James Joyce dans le quotidien américain Boston Globe, mais les ventes restant confidentielles et ne lui permettant pas de gagner sa vie, il choisit plus tard de tenter sa chance dans la musique. Directsoir N°390/Vendredi 29 août 2008 A bientôt 74 ans, le troubadour de l’amour et de la fin du monde renoue avec la scène après quinze ans d’absence. Depuis le début de l’été, il sillonne l’Europe pour une tournée entamée à Montréal, sa ville natale. Près de trois heures durant, le chanteur et poète canadien passe en revue quarante ans de répertoire, pour la plus grande joie d’un public envoûté. En 1965, il décide de partir à Nashville pour enregistrer un album de country, genre auquel il s’était essayé avec son groupe d’adolescent, les Buckskin Boys. Mais en chemin, il fait halte à New York, où il découvre la scène folk, menée entre autres par Joni Mitchell, Tim Buckley, Joan Baez et, donc, Bob Dylan. Fréquentant Greenwich Village, il fait la connaissance du poète Allen Ginsberg, d’Andy Warhol, Lou Reed, Nico, ou encore Judy Collins. C’est cette dernière qui lui permettra de se faire un nom en interprétant la chanson Suzanne, qu’il a signée,
www.directsoir.net et avec laquelle elle fait un carton. Fort de cette notoriété, Cohen sort son premier album en janvier 1968, sobrement nommé Songs From Leonard Cohen. Le second, Songs From a Room, paraît l’année suivante et connaît un immense succès, se classant notamment deuxième en Angleterre. Mais Songs of Love and Hate, qui lui succède en 1971, est moins bien reçu, certains critiques reprochant des arrangements trop sophistiqués, en rupture avec la folk. Dès lors, Cohen prend un peu de distance avec la musique, et ne sort plus qu’un album tous les quatre à cinq ans en moyenne. Jusqu’à cette décision de mettre un terme à ses représentations publiques. Pendant ces longues années d’absence scénique, l’attente n’a cessé de grandir. D’autant qu’aux inconditionnels de la première heure se sont ajoutés des jeunes plus récemment convertis, initiés à la poésie du songwriter par leurs parents ou l’ayant découvert sur les bandes originales de films comme Pumpup the volume ou, surtout, le très controversé Tueurs-nés d’Oliver Stone. J’AI PRIS BEAUCOUP « DE PROZAC, J’AI AUSSI ÉTUDIÉ LA RELIGION ET LA PHILOSOPHIE, MAIS LA GAIETÉ A REPRIS LE DESSUS » DÉBOIRES FINANCIERS Lorsque la rumeur d’un retour sur les planches s’est confirmée, nombreux étaient ceux bien décidés à ne pas bouder leur plaisir. Et peu importe les raisons qui poussaient le plus pessimiste des chanteurs canadiens à repartir en tournée. Leonard Cohen ne s’en cache pas, il a repris la route pour cause de difficultés financières. En 2004, il avait été ruiné par son ancienne manageuse, Kelley Lynch, partie avec ses cinq millions de dollars d’économies. Depuis, une longue procédure judiciaire a condamné l’indélicate à lui verser neuf millions en remboursement et dédommagement, mais celle-ci reste introuvable et l’artiste n’a que peu d’espoir de revoir son argent. D’où la nécessité pour lui de monnayer sa popularité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il la monnaye au prix fort. Jusqu’à 350euros pour les places les plus chères dans certaines des salles de sa tournée européenne. C’est dire si ceux qui auront eu l’occasion de l’acclamer cette année sont des privilégiés, dans tous les sens du terme.A Paris, où le crooner de Montréal se produira trois soirs en novembre, à l’Olympia, il reste encore quelques places disponibles, plus d’un mois après la mise en vente. Il faut dire qu’avec des tarifs oscillant entre 120et 160 euros, la soirée n’est pas accessible à toutes les bourses. ATTENTES ET DOUTES Ainsi présentée, cette tournée pouvait augurer du meilleur comme du pire. On a déjà vu des vieilles gloires remonter sur scène par manque de liquidités, des groupes plus ou moins cultes se reformer pour une énième et lucrative tournée d’adieux. On frisait parfois l’escroquerie. On peut donc imaginer que les spectateurs des premières dates de la tournée ont longtemps hésité entre l’impatience de retrouver l’idole et la peur de la déception. Leonard Cohen en a conscience, qui lance à tous les concerts après avoir salué l’auditoire : « Malgré les prix gonflés, j’espère que vous ne serez pas déçus. » Trois heures plus tard, tous les doutes sont levés. Accompagné de six musiciens et de trois choristes, auxquels il rend régulièrement et très humblement hommage tout au long de son tour de chant, le songwriter,très en forme malgré ses presque trois quarts de siècle, passe en revue les quatre décennies que couvre son répertoire. La plupart des classiques sont au rendez-vous, de So Long Marianne à The Future, de Suzanne à Dance Me to The End of Love. Certains morceaux moins connus sont exhumés, et le public est même gratifié d’un inédit. A la sortie, les mines, réjouies,témoignent du bonheur que viennent de partager l’artiste et son auditoire. N’en déplaise aux esprits chagrins qui avaient surnommé Leonard Cohen « le dépressif non chimique le plus puissant au monde ». EN COUVERTURE 3 En France, Leonard Cohen se produira à l’Olympia du 24 au 26 novembre. VU PAR DIRECT8 Philippe Labro, journaliste et écrivain « Un show exceptionnel » ■ « Leonard Cohen, c’est une de mes idoles de jeunesse. Pour moi, c’est, avec Bob Dylan, l’une des figures les plus marquantes de la chanson nord-américaine du demi-siècle. C’est un grand poète, un grand romancier, et ses textes sont remarquables et n’ont pas vieilli. Ce sont des paroles qui, pour la plupart sont parfaitement contemporaines. Je le suis depuis les années 1970 et j’ai eu la chance d’assister au premier concert français de sa tournée, le 9 juillet à Lyon, dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière. Cela a été une nuit magique, en plein air, dans le cadre magnifique de ce théâtre romain, devant 4 000 personnes absolument enthousiastes, debout et chantant avec lui. Ce que j’ai remarqué, c’est bien évidemment qu’il a pris trente ans, mais ces trente années ont donné à sa voix une nouvelle dimension, une nouvelle tessiture, plus grave, plus riche. Il a près de 74 ans, mais il a toujours le même souffle. Il nous a offert un spectacle exceptionnel, à la hauteur de l’attente qu’avait généré cet événement. Il s’est beaucoup adressé au public, et a eu la gentillesse et l’intelligence de démarrer certaines de ses chansons avec la traduction en français des deux premières strophes. Ses musiciens et ses choristes étaient fantastiques, et on sent que le spectacle est un show rodé, parfaitement professionnel et maîtrisé de bout en bout. Pour autant, il y a toujours la place à la surprise et à l’inattendu. Mais la meilleure et la plus agréable des surprises, c’est qu’il est toujours là, mais surtout qu’il est toujours aussi fort, voire encore plus fort que lors des précédents concerts que j’avais pu voir. »



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