Direct Soir n°175 21 jun 2007
Direct Soir n°175 21 jun 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°175 de 21 jun 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : Olivia Ruiz « la femme chocolat » fait fondre le public

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°175/Jeudi 21 juin 2007 10 ECONOMIE GIBSON La star des guitares B.B. King, Angus Young, Jimmy Page… et tant d’autres guitaristes légendaires associés à tout jamais à la marque Gibson. Pour imposer sans complexe le slogan « Les meilleures guitares du monde » et recevoir l’adoubement de musiciens hors pair, Gibson a su innover et inventer. 1902, KALAMAZOO DANS LE MICHIGAN, ORVILLE H.GIBSON FONDE LA GIBSON MANDOLIN-GUITAR MANUFACTURING CO. LIMITED. Fils d’immigré anglais, Orville Gibson est une sorte de marginal passionné. Seule la confection d’instruments l’amuse. Son talent d’acousticien associé à une curiosité sans bornes vont révolutionner le petit monde des fabriquants d’instruments de musique. Orville est un solitaire ; il aurait passé plusieurs séjours à l’hôpital psychiatrique de St. Lawrence. Il délaisse vite les ateliers de l’usine pour la table de travail de son garage. C’est là qu’il expérimente et laisse libre cours à son imagination, dessine des mandolines et des guitares avec la table (le dessus de la caisse) incurvée - empruntant aux formes des violons Stradivarius - lui valant sa seule et unique invention brevetée. La facture de ses instruments sera le point de départ et la marque de fabrique des guitares Gibson. Il décède en 1918. L’ESSOR DE LA GUITARE L’entre-deux guerres est marqué par l’apparition des « big band », ces groupes de cuivres venus tout droit de la Nouvelle-Orléans, accompagnés géné- Interview du SPÉCIALISTE DR BB King en action. La légende dit que pour cacher ses secrets de fabrications, Les Paul laque d’or son meilleur prototype. L’ARRIVÉE DE LES PAUL Gibson, en situation de quasi-monopole, domine le marché et vend à tour de bras. Il y a bien un cerralement par un banjo. La tessiture du quatre ou cinq cordes permet aux banjoïstes de se distinguer nettement de l’orchestre sans amplification. Mais la roue tourne. C’est l’ère bénie des bluesmen, hurlant leur désespoir sur des guitares mal accordées aux quatre coins du pays. La vague prend forme, la guitare gagne ses titres de noblesse. Présageant de ce qui allait bientôt être une lame de fond, l’entreprise Gibson recrute les meilleurs ingénieurs et acousticiens. Calquée sur les premiers modèles d’Orville Gibson, réappropriés judicieusement par Loyd Loar, sort de la manufacture de Kalamazoo au début des années vingt, la L5, guitare bombée creuse, percée sur les côtés de deux ouïes en forme de « f » des La Flying V (1959). LES GUITARES GIBSON SONT-ELLES RÉELLEMENT « LES MEILLEURES GUITARES DU MONDE » ? Cela reste un slogan publicitaire au trait un peu forcé. Des luthiers, notamment français, fabriquent des guitares toutes aussi excellentes. Ce qui est certain, en revanche, c’est que lorsqu’on achète une Gibson, on sait à quoi s’attendre. Il suffit de brancher une Les Paul sur un ampli Marshall, et vous vous prenez pour Jimmy Page. En ce qui concerne le son, les guitares Gibson sont les meilleures au monde. DR violons. Les ingénieurs tentent d’y greffer un micro, mais la guitare produit des larsens épouvantables. Il faut attendre 1935 et les expérimentations de Walter Fuller, pour voir apparaître la première guitare électrique digne de ce nom. Le micro est installé sur l’ouïe d’une guitare à table incurvée. Le 20 mai 1936, la première ES-150 (ES pour Electric Spanish) sort de l’usine. Gibson stoppe sa production pendant la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’il fait repartir les machines en 1945, Ted McCarty, l’audacieux président de Gibson, découvre une société américaine profondément bouleversée. L’air est au plaisir, à l’insouciance.Alors que l’Europe compte ses millions de morts, l’Amérique rompt avec ses années d’angoisse. Docteur Boost - Journaliste pour Guitar Part POURQUOI LES AMATEURS SONT-ILS PRÊTS À DÉBOURSER 2 500 EUROS POUR UNE LES PAUL STANDARD ? Pour le son, bien sûr, mais avant tout pour la légende. Gibson cultive son image, c’est son meilleur atout de vente. Pour le look aussi, très rock. Si vous êtes un rocker, il vous faut une Les Paul. Et enfin, pour le confort de jeu, très souple, très fin. 400000 dollars pour l’une des plus chères guitares au monde : une Les Paul standard de 1959 tain Leo Fender, qui s’escrime dans son atelier à confectionner des guitares électriques à corps plein, mais sans trop de succès. Jusqu’au jour où il annonce l’arrivée de la Broadcaster, une « Guitar solid body », guitare à caisse pleine. C’est une révolution. La caisse creuse produisait des larsens insupportables, difficilement maîtrisés par les techniciens de Gibson, la caisse pleine offre des possibilités nouvelles, notamment un sustain (longueur de la note) époustouflant. C’est un nouveau défi pour Gibson, qui doit innover. Un nom revient aux oreilles du président. Il s’agit d’un certain Lester William Polfus, inventeur entre autres des consoles multipistes, et plus connu sous le nom de Les Paul. LA LÉGENDE EST EN MARCHE Lester Polfus confectionne dès 1941, c’est-à-dire avant Leo Fender, des guitares à caisse pleine. Il traîne le dimanche dans les ateliers d’Epiphone, situés dans le Queens, à New York, et laisse libre QUELLE SERA LA MARQUE LAISSÉE PAR GIBSON DANS L’HISTOIRE DE LA GUITARE ? Gibson est une légende vivante. Son empreinte restera gravée à tout jamais. Un avantage, mais aussi un inconvénient. Gibson s’est trop reposée sur ses succès d’antan. Elle n’a pas assez innové au moment opportun. Aujourd’hui, les usines Gibson produisent 600 guitares par jour, ce qui est beaucoup. Mais ce sont de tels bijoux qu’il y aura toujours des acheteurs. THE ASSOCIATED PRESS
DR DR www.directsoir.net DR cours à sa créativité. Il scie en deux une Epiphone acoustique, y insère deux micros à simple bobinage, et visse un manche Gibson. Lester baptise sa créature « The Log », la bûche, pour son apparence rudimentaire. Même si pour Gibson le prototype n’est qu’un « manche à balai avec des cordes et des micros », Lester rejoint l’équipe de Kalamazoo et s’attelle avec ardeur à sa nouvelle tâche. La légende dit que pour cacher ses secrets de fabrication, Lester laque d’or son meilleur prototype. Beaucoup plus abordable, la première Gibson Les Paul sort de l’usine en 1952. Dorénavant, les ingénieurs de la firme doivent « sentir » le marché. La Les Paul Standard est déclinée en différents modèles, pour cerner au mieux la demande : Les Paul Custom (1954), Les Paul Special (1955). La même année, Gibson recrute Seth Lover, transfuge de Fender, qui développera les micros à double bobinage « humbucker ». Des micros qui débarrassent des interférences, et qui confèrent aux guitares la rondeur et la légère coloration qui caractérisent le son Gibson. Stairway to heaven du groupe londonien, Led Zeppelin. Quelques modèles Gibson, de haut en bas, la Cross roads ES-335 (modèle d’Eric Clapton), la SG Supreme et la Les Paul Custom. TOUJOURS UN TEMPS D’AVANCE En 1958, naît un extraterrestre, la Flying V, arrogante, ciselée, mais boudée par le public. Il faut attendre les performances de Jimi Hendrix, dont le nom reste aujourd’hui associé aux Stratocaster de Fender, pour voir les carnets de commande se remplir. De la même manière, la Les Paul se vend mal à ses débuts. Gibson envisage même, un temps, de stopper sa production. Jusqu’au jour où le légendaire Jimmy Page de Led Zeppelin s’empare de la belle et l’intronise à tout jamais dans la cour des grands. Keith Richards, Eric Clapton, Brian Jones, ou encore Bob Marley : l’étendue des capacités de la guitare en fait la coqueluche des stars des années soixantedix à quatre-vingt. Les rockers préféreront la SG (« Solid Guitar »).Acérée, elle séduit Angus Young d’AC/DC et Tony Iommi de Black Sabbath. Les années quatre-vingt marquent un tournant. Dans les usines Gibson, les employés sont démotivés, le cahier des charges n’est plus respecté. Un amateur éclairé, Henry Juszkiewicz, rachète Gibson pour une bouchée de pain en 1986. LA MÉTHODE JUSZKIEWICZ Le nouveau PDG convie les luthiers à son discours inaugural. Devant ses quelque 70 employés, il rassemble les instruments qu’il juge imparfaits, met en marche la scie à ruban, et passe chacune des guitares à l’échafaud.Aujourd’hui, Gibson compte 5 000 salariés dans le monde et une croissance annuelle de 20%. La marque renoue aussi avec le culot. Gibson, en exclusivité mondiale, présente la première guitare digitale, la HD.6X-Pro, qui permet au musicien de régler et d’amplifier chacune des cordes. Mais que les puristes se rassurent. La musique, au final, reste la rencontre entre un artiste et un instrument. Jimmy Page sublimant Stairway to Heaven en live grâce à sa Gibson EDS-1275, monstre à double manche,Alvin Lee du groupe Ten Years After maltraitant son ES-335 un soir d’août 1969 sur la scène de Woodstock ou encore B.B King embrassant, à la fin de ses concerts, les yeux pleins de malice, sa guitare Lucille, tendrement. DR GARRIDO LUIZ/GAMMA T. MOSENFELDER/CORBIS GRETSH La guitare des grands ■ L’un des plus anciens fabricants – la marque est née en 1883. On a souvent accusé Gretsch de copier Gibson. On retrouve les courbes des guitares de Kalamazoo, mais le son et le toucher sont autres. Les guitares Gretsh sont indissociables d’Elvis Presley, des Beatles, et des Rolling Stones. Un gage de sérieux. IBANEZ De la réplique à l’original DR WASHBURN Blues ou métal ■ Cette maison, fondée à Chicago en 1883, fabriquait les guitares qui accompagnaient les premiers bluesmen du Mississippi, dans les années vingt. Le panel des modèles est large. Les « Hollowbody » sont prisés par les jazzmen, les électriques par les hard rockers, à l’image de Paul Stanley, le guitariste cultissime du groupe Kiss. ECONOMIE 11 ACTEURS DU MARCHÉ Paul Stanley, l’un des chanteurs et guitariste du groupe Kiss. FENDER La voie royale ■ C’est La marque concurrente. Fender a gagné ses titres de noblesse avec des ambassadeurs de choix, comme Jimi Hendrix, Eric Clapton ou Stevie Ray Vaughan. Le modèle Stratocaster est l’une des guitares les plus répandues au monde. Solidité, finesse, les instruments Fender ont une réputation d’excellence. L’éternel Jimi Hendrix. ■ C’est une société japonaise qui rachète la marque en 1935, et qui se fait connaître dans les années cinquante en fabriquant des répliques de Fender et Gibson. En 1978, une plainte en droit d’auteur incite la marque à développer ses propres modèles, qui font aujourd’hui le bonheur des hard rockers. Ibanez équipe notamment le virtuose Joe Satriani. L’Américain Joe Satriani. La Gibson « Jimmy Page » EDS 1275. DR T. MOSENFELDER/CORBIS



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