Bubble mag n°49 sep/oct/nov 2018
Bubble mag n°49 sep/oct/nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°49 de sep/oct/nov 2018

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Elbbub

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : les enfants et les écrans.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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0-4 ans  : attention à la surexposition En mars 2017, Anne-Lise Ducanda, médecin de terrain en PMI (Protection maternelle et infantile), publiait sur YouTube une vidéo (vue près de 300 000 fois) alertant sur les dangers de la surexposition des 0 à 4 ans aux écrans. Dans une tribune parue le 31 mai suivant dans Le Monde, une dizaine de médecins, pédiatres, psychologues et orthophonistes venaient corroborer ce constat. Depuis – et malgré plus de 400 commentaires et témoignages la remerciant pour sa vidéo –, nombre de professionnels lui reprochent son discours alarmiste et pseudoscientifique. Pour nous, c'est avant tout une lanceuse d'alerte qui mérite d'être écoutée. Interview. www.surexpositionecrans.org Béatrice Sutter* En mars 2017, vous avez posté une vidéo sur YouTube pour alerter les parents sur les dangers de la surexposition aux écrans des 0-4 ans. Comment ce problème vous est-il apparu ? Je suis médecin en PMI, je vois donc tous les jours en consultation de très jeunes enfants de classes de maternelle. J’ai constaté par ailleurs, depuis 5 ans environ, que les enseignants me signalent de plus en plus d’enfants en très grande difficulté. En interrogeant les parents de manière très précise, j’ai constaté que, dans 95% des cas, nous étions confrontés à un problème de surexposition aux écrans. Il n’existe pas encore de définition scientifique à ce phénomène, mais notre pratique nous permet de dire qu’il s’agit d’enfants exposés, entre 4 à 5 heures par jour, à des écrans nomades (tablette, smartphone…) ou fixes, et souvent à une télévision allumée en permanence en arrière-plan dans la même pièce que l’enfant. Bubble Talk Bubble Mag lance ses « Bubble Talks » et recevra le dr Anne-Lise Ducanda, le 20 septembre à l'Idkids de Cour Saint-émilion (Paris 12 e) pour une discussion ouverte et un petit workshop avec le public (vous, donc !) Plus d’infos en nous suivant sur notre page Facebook ! 56 Dossier « LES ENFants & les écrans » Vous décrivez la surexposition aux écrans comme une épidémie silencieuse. Quels symptômes constatezvous ? Chez les moins de 6 ans, ils sont multiples. Il y a d’abord des troubles du comportement. Certains enfants sont très inhibés, sans expression. Ils peuvent, par exemple, rester le crayon à la main sans rien faire, ne pouvant prendre aucune initiative. D’autres enfants sont très agités et ne savent pas se calmer seuls. Ils sont intolérants à toute forme de frustration, or l’école est une somme de frustrations  : il faut rester en place, ne pas se disputer, ne pas parler quand la maîtresse parle… Des enfants sont déscolarisés à 3 ans, juste parce qu’ils sont totalement incapables de supporter ce régime de contraintes ! Sur un écran, ils ont appris à faire glisser les images, à effleurer l’écran, mais pas à tenir un objet avec leur main ni à serrer leurs doigts. Ils n’ont parfois pas assez de force dans les doigts pour tenir leur crayon à 4 ans. Globalement, ce sont des enfants qui ne bougent pas assez ; ils ne grimpent pas, ne sautent pas, ne courent pas et peuvent avoir de gros retards moteurs, dans l’acquisition de la marche par exemple.
En plus des troubles du comportement, vous constatez aussi beaucoup de dysfonctionnements dans l’acquisition du langage… Effectivement, on voit des enfants de 4 ans qui ne babillent pas ; ils n’ont donc pas atteint le niveau de langage d’un enfant de 9 mois. D’autres parlent, mais de manière inadaptée. Si je leur montre l’image d’un enfant habillé en bleu avec à côté de lui des chaussures bleues et que je leur demande  : « À qui sont les chaussures ? », l’enfant répond  : « Bleu » … Certains sont écholaliques  : ils répètent tout ce que vous dites. À la question « À qui sont les chaussures ? », eux répondront  : « À qui sont les chaussures ? » Beaucoup n’ont pas acquis le tour de parole  : ils parlent tout le temps, en même temps que l’autre. Comme ils n’attendent pas que l’on ait fini de poser une question pour y répondre, évidemment leur réponse tombe totalement à côté. J’ai aussi des enfants qui ont appris à compter sur de petites applis, parfois même en anglais, mais si on leur demande de donner deux crayons, ils ne vont pas comprendre, car ils n’ont pas compris que deux pouvait correspondre à deux choses. L’enfant répète des mots, mais en fait il ne comprend rien. Or, si les enfants ne développent pas toutes les fonctions du langage, ils ne pourront pas apprendre à lire et à écrire  : le langage est un préalable indispensable à la lecture. Vous vous inquiétez également du manque d’interactions humaines dans les premières années de certains tout jeunes enfants ? Les écrans sont arrivés dans la vie des enfants mais aussi dans celle des couples, et le fait que les parents soient beaucoup sur leurs écrans ne propose pas le même environnement à l’enfant. Les parents sont moins disponibles quand ils regardent une série ou leurs réseaux sociaux, et cela diminue les moments d’interaction entre parents et enfants, qui sont primordiaux pour le tout-petit… Pourquoi l’apprentissage qui passe par un écran provoque-t-il des résultats si différents ? Le petit de moins de 5 ans ne peut apprendre qu’en utilisant ses cinq sens. Quand il prend une pomme, il va sentir sa forme, son poids, son odeur, sa texture ; il peut la goûter ; il va constater que, s’il la lâche, elle tombera, roulera… Le bébé a besoin de tous ces petits jeux pour que son cerveau reçoive des millions d’informations sensorielles qui seront ensuite combinées ensemble. Cela développe des connexions que les stimulations via les écrans ne proposent pas. Entre 18 et 24 mois, le cerveau opère un élagage synaptique  : il va éliminer les connexions qui sont très peu utilisées. L’hypothèse que j’émets, avec d’autres professionnels, est qu’un enfant qui est surstimulé par les écrans de manière inadaptée supprimera les connexions de la motricité fine, de la communication, au profit d’autres, inadaptées, créées par la stimulation de l’écran. Les symptômes semblent-ils pouvoir disparaître assez rapidement ? Pour supprimer les symptômes de la surexposition aux écrans, la solution est simple  : il faut arrêter les écrans. Tant qu’on ne l’a pas fait, on ne peut pas savoir si le problème vient effectivement de là. Cela peut paraître simple. Mais les écrans sont extrêmement addictifs  : ils agissent exactement comme une drogue, donc ils sont très difficiles à arrêter. Les parents nous racontent que leur enfant se lève la nuit pour aller jouer sur leur smartphone, que le dimanche, il se réveille de plus en plus tôt pour regarder la télévision… et quand on l’éteint, il hurle en se roulant par terre. Le sevrage des écrans peut durer jusqu’à 15 jours, durée pendant laquelle l’enfant exprimera un syndrome de manque parfois très violent… Pour les parents, il est donc très difficile de le lui faire subir. C’est pour cette raison qu’il faut les informer, les aider. * Cette interview est parue le 9 avril 2018 dans le numéro 14 de la revue « L’ADN » consacré à la Transmission ; www.ladn.eu. 57 Dossier « LES ENFants & les écrans » Avec une dizaine de praticiens et soutenue par le Pr Marcelli, vous avez créé le collectif CoSE (Collectif Surexposition écrans). Quelles sont vos recommandations ? Avant toute chose, nous l’affirmons clairement  : nous ne sommes pas technophobes et, en tant qu’adulte, je suis personnellement très heureuse d’avoir des écrans qui nous rendent à tous beaucoup de services. Ce que nous dénonçons, c’est la surexposition des enfants. Cela ne signifie pas que l’enfant n’a pas le droit aux écrans, mais il faut savoir que ce n’est pas une activité comme les autres. Les écrans sont tout sauf anodins. Leur consommation doit être raisonnable, limitée, et négociée sur la base de règles claires. Pour certains parents, c’est simple de mettre cela en œuvre ; pour d’autres, ça l’est moins. Quoi qu’il en soit, il est certain que les écrans compliquent la tâche éducative. CoSE a été reçu par l’Élysée, le ministère de l’Éducation nationale, le CSA… Comment les représentants de nos institutions perçoivent-ils votre alerte ? On a des contacts très positifs, et, en général, tous nos contacts sont très surpris, car ils ignoraient tout de cela et ils comprennent très bien la gravité du problème. Beaucoup veulent mettre en place des groupes de travail. Nous espérons surtout des actions fortes. Nous avons besoin d’études pour mesurer le phénomène, de campagnes de prévention pour informer et d’un numéro vert pour répondre aux questions des parents et des professionnels. Je reçois des appels chaque jour, mais je n’ai plus le temps de répondre. Il faudrait aussi former les praticiens pour qu’ils intègrent dans leurs diagnostics la surexposition aux écrans et qu’ils aident enfants comme parents. Cela veut dire beaucoup, beaucoup de monde et un énorme travail. Mais c’est une priorité de santé publique  : des milliers d’enfants sont concernés. Les enseignants en ont conscience ; certains parlent d’une vague d’enfants sacrifiés si l’on ne fait rien. Il faut que le gouvernement et nous tous nous nous emparions du sujet.



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