Arte Magazine n°40 30 sep 2017
Arte Magazine n°40 30 sep 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de 30 sep 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Arte France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : le blues des blouses bleues.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ARTE MAG N°40. LE PROGRAMME DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2017 6 Tourné durant deux ans au bloc opératoire de l’hôpital Saint-Louis, à Paris, le film documentaire de Jérôme le Maire, Dans le ventre de l’hôpital, radiographie de façon saisissante les mécanismes du burn out professionnel. Entretien avec le réalisateur. Soignants en souffrance Mardi 3 octobre à 20.50 Documentaire Dans le ventre de l’hôpital Lire page 18 En partenariat avec Eni I Pourquoi avez-vous choisi de filmer dans ce service ? Jérôme le Maire  : J’aurais aussi bien pu poser ma caméra dans un autre hôpital, public ou privé, voire dans une entreprise industrielle quelconque. Ce que j’ai voulu montrer, c’est le dysfonctionnement du système d’organisation du travail aujourd’hui, non pas celui de l’hôpital public, et encore moins celui de ce bloc opératoire particulier. J’ai d’abord rencontré Pascal Chabot, l’auteur du livre Global burn-out (Puf), qui analyse le syndrome d’épuisement professionnel comme une pathologie de notre civilisation. Je réfléchissais à la façon de raconter cela à travers un film, lorsqu’une anesthésiste de l’hôpital l’a contacté pour qu’il vienne y parler de son livre. Elle l’avait lu et avait fait immédiatement le lien avec ce qu’elle vivait au quotidien. J’ai accompagné Pascal lors de cette conférence et c’est ainsi que l’aventure a commencé. Cette médecin anesthésiste est d’ailleurs un personnage clé du film... Oui, car c’est une lanceuse d’alerte  : c’est elle au départ qui envoie un SOS pour signaler la détresse professionnelle dans laquelle se trouve le service. Dans le jargon des spécialistes du burn out, on l’appellerait aussi une toxic handler  : une personne capable de percevoir ce qui se passe dans son environnement et de prendre à son compte la souffrance de ses collaborateurs. Et en même temps, c’est une battante. Pourquoi vous être focalisé sur la dimension collective, et non pas individuelle, de cette souffrance ? Comme le souligne Pascal Chabot, le burn out n’affecte pas seulement certaines personnes mal adaptées au système, ou ne sachant pas mettre des limites à leur investissement professionnel. Il reflète d’abord les valeurs excessives de notre société, comme le culte de la performance ou
JÉRÔME LE MAIRE-AT-DOC l’injonction permanente de réussite. Si le monde du travail est gangréné par ce syndrome, c’est que les salariés, comme les travailleurs indépendants d’ailleurs, sont soumis à des consignes contradictoires  : ils doivent être plus efficaces, plus rapides, plus rentables, mais aussi plus précis, dans un environnement qui fait de moins en moins de place à l’humain, et laisse la technique prendre le pas. C’est tout le système, tiraillé entre ces objectifs inconciliables, qui se déshumanise et qui craque ! J’ai présenté ce film en Suisse, en Belgique, en Roumanie, en Serbie, au Danemark et, partout, les gens s’y sont reconnus. Comment avez-vous convaincu la direction de vous laisser filmer ? J’ai d’abord passé un long moment sans tourner au bloc opératoire. Puis, alors que j’étais quasiment devenu partie intégrante de l’équipe, une nouvelle directrice est arrivée à l’hôpital. En me donnant son accord, la direction n’a pas fait preuve d’inconscience, au contraire. Son feu vert s’adressait aussi au personnel, il signifiait qu’elle avait pris la mesure du problème. Par ailleurs, elle a compris que je voulais retranscrire la complexité des relations et des enjeux, plutôt que de me cantonner à la dénonciation manichéenne d’un management supposé autoritaire face à des employés victimes. Vous avez réussi à capter de façon très directe des situations de crise ouverte. Comment avezvous travaillé ? J’ai passé deux ans et demi à tenter de comprendre le phénomène du burn out sur ce terrain très délimité. Je n’ai commencé à tourner qu’après avoir beaucoup observé. J’ai procédé un peu comme un chirurgien qui va opérer, disons, un ménisque  : il pose d’abord un champ opératoire et, pendant son intervention, ne se concentre que sur son objet. Jérôme le Maire Votre présence a-t-elle modifié la situation dans le service ? Oui, bien sûr. En focalisant mon attention (et ma caméra) sur les risques d’épuisement professionnel, j’ai amené tout le monde à faire de même, y compris, je pense, la direction. Le tournage a aussi créé du lien entre des personnes qui se parlaient peu. Par exemple, les médecins appellent maintenant par son prénom l’aide-soignante qui était plutôt considérée à mon arrivée comme une femme de ménage. Enfin, le film a contribué à l’expression d’un malaise profond que beaucoup taisaient. Pensez-vous que le film aura un effet à long terme ? Ce film n’est pas un constat d’échec, c’est une prise de conscience. La situation au bloc est loin d’être rose, mais je suis assez optimiste sur la capacité de réaction tant de la direction que des différentes équipes  : c’est maintenant que tout commence... Propos recueillis par Maria Angelo 7ARTE MAG N°40. LE PROGRAMME DU 30 SEPTEMBRE AU 6 OCTOBRE 2017



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