A Nous Paris n°HS2 Hiver 14 jan 2019
A Nous Paris n°HS2 Hiver 14 jan 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°HS2 Hiver de 14 jan 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : A Nous Paris SAS

  • Format : (222 x 285) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 10,4 Mo

  • Dans ce numéro : créer sans limites...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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expoTexte  : Jeanne Gaudin sculpture, etc. Du maître ou de l’élève Transmission/Transgression. La nouvelle exposition du musée Bourdelle, situé au cœur du quartier Montparnasse, fait l’effet d’un imposant aigle à deux têtes. Son titre double annonce d’emblée la complexe richesse de la relation maître-élève, entre accompagnement, émulation conformiste et contradictions. Quelque 165 œuvres, sculptures, photographies, dessins et archives, mettent à l’honneur l’activité professorale du sculpteur Antoine Bourdelle. Ce dernier incarne, dans le Paris du début du XX e siècle, une figure majeure de l’enseignement des arts. En 40 ans, il accueillera près de 500 élèves au sein de ses ateliers de Montparnasse, impasse du Maine et à la Grande Chaumière. Si les cours qu’il dispense alors sont réputés pour leur atmosphère chaleureuse, c’est que Bourdelle s’épanouit dans son rôle de pédagogue, aux intonations souvent lyriques. Son apprentissage se veut résolument anticonformiste et éclectique. On fait ainsi la connaissance de Bourdelle l’enseignant, navigant de sa citation la plus pompeuse – « Je suis comme Socrate. Je vous accouche de votre âme » – à la plus humble – « Je ne suis pas un professeur, mais un artiste qui travaille avec vous ». Bourdelle affirme d’ailleurs avec conviction que maîtres Bourdelle, Céline Emilian et une élève, vers 1920. Musée Bourdelle/Roger-Viollet Femme sculpteur au repos, 1905-1908, sculpture en bronze d’Antoine Bourdelle. Photo Eric Emo/Musée Bourdelle/Roger-Viollet La Femme de Venise V, 1956, sculpture en bronze d’Alberto Giacometti. Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris) Madeleine Charnaux - tête au chignon, yeux fermés, 1917, buste en bronze doré d’Antoine Bourdelle. Photo Eric Emo/Musée Bourdelle/Roger-Viollet 24 affaires culturelles et élèves lui apparaissent comme semblables en cela qu’ils sont des chercheurs, au service d’une même force supérieure  : il leur faut oser, dès lors, entremêler leurs pas. En son cœur, l’exposition explore plus avant la dualité des rapports qui se nouent entre l’artiste reconnu et ses praticiens qui œuvrent dans l’ombre. De la sage fidélité au rejet violent, les ressorts de cette relation ambiguë nous entraînent au centre des processus de création. Et d’applaudir alors les saines ambitions artistiques de tel élève inspiré qui l’incitent, et c’est tant mieux, à trouver l’audace de s’extraire de son rôle subalterne de disciple pour oser affirmer des choix artistiques personnels et développer ainsi son propre langage. D’ailleurs, Bourdelle doit lui-même s’affranchir de ses premiers maîtres, Alexandre Falguière, Jules Dalou et Auguste Rodin, sans pour autant enterrer l’estime qu’il leur porte. Dans ses jeunes esquisses en terre, vives et enlevées, on admire cet émouvant rapport intime à la terre, criant de véracité et d’intensité, qu’il garde de leurs enseignements. Et, lorsqu’il prend Rodin pour modèle de ses œuvres, l’imposante et charismatique barbe de Poséidon dont il l’affuble, aux francs mouvements de vagues, dit quelque chose de son éternelle admiration (Buste de Rodin, 1910). Armée de bronze L’exposition semble tout entière habitée de la bonté du sculpteur, et la visite se déroule sous son regard bienveillant. Du circuit proposé transpire l’essence de son art et la sincérité de sa démarche d’enseignant. Grâce aux nombreuses photographies exposées, on croise les visages de ceux qui peuplent alors les ateliers de Montparnasse. Quelle effervescence, quelle vie habitent ces images ! Bourdelle aime prendre la pose, entouré de ses élèves, dans les rangs desquels on salue une présence féminine marquée. De certaines apprenties il fait ses modèles et réalise ainsi trois bustes à l’implacable présence, que l’on découvre de front, formant une dérisoire mais néanmoins inébranlable armée de bronze. Il y a d’abord La Roumaine - Fanny Moscovici (1927) à l’impé-
e affaires rieux port de tête, avec son visage antique au regard qui creuse. À ses côtés apparaît la beauté solaire de La Chilienne - Henriette Petit (1921), au front soucieux et à l’exubérante chevelure de Méduse. Arrive enfin l’énigmatique Madeleine Charnaux – tête au chignon, yeux fermés (1917), dont on retiendra longtemps la courbure du cou accentuée par la coiffure, et l’esquisse d’un sourire de Joconde. Au détour d’une cimaise, on découvre en Bourdelle une personnalité rieuse  : dans ses dessins bédéiques, il se représente s’activant au travail, armé de multiples bras aux mouvements agités (Les Travaux du théâtre des Champs-Élysées, caricatures, 1913-1914). Au passage, on salue la présence de plusieurs modules explicatifs ponctuant l’exposition pour rappeler différents procédés  : le modelage en terre, le moulage en plâtre, ou encore la taille de la pierre par la méthode de la mise aux points. Créatures hybrides C’est enfin sur l’invocation de deux grands sculpteurs de notre temps, élèves de Bourdelle dans leurs jeunes années, que se clôt notre circuit  : Alberto Giacometti et Germaine Richier. Vers les créatures hybrides de cette dernière, mi-animaux mi-hommes, on avance d’un pas hésitant. Et pour cause… Insérée dans un réseau de fils, la noire silhouette anguleuse du Griffu (1952) éveille un frisson arachnéen qui vient rapidement glacer l’échine ; tandis que le Berger des Landes (1951), juché sur ses échasses, semble crier à la mort depuis 25 culturelles l’abîme de son visage. On se hâte alors de rallier l’apparent calme des œuvres de Giacometti. En la hiératique et longiligne Femme de Venise V (1956), on rencontre d’abord une figure droite et digne, qui se tient face au vent avec une détermination implacable. Si les massacres du XX e siècle semblent inscrits dans son corps, c’est que la terre, heurtée, porte les stigmates du travail, de la lutte de l’artiste avec la matière. Et de cette figure desséchée, sans identité, évocation suffocante d’une souffrance commune à toute l’humanité, émanent à la fois une douloureuse fragilité et une force inouïe. Plus loin, d’une stèle, fin bouclier de plâtre, Giacometti fait une femme abstraite (Femme plate V, 1929)  : les quelques imperceptibles ondulations qu’il communique à la matière viennent dire l’anatomie féminine, les plis de la chair, dans un très subtil jeu de formes concaves et convexes. Un travail si délicat… « De la neige gardant les empreintes d’un oiseau », dira Cocteau. Il faut que chacun trouve à « chanter son propre chant ». Nul doute que ces deux anciens élèves de Bourdelle, à l’incroyable production et à l’éminente carrière, auront su adopter ce précepte du maître.Transmission/Transgression, Maîtres et élèves  : Rodin, Bourdelle, Giacometti, Richier... Jusqu’au 3 février au musée Bourdelle, 18, rue Antoine-Bourdelle, 15e, M° Montparnasse-Bienvenüe, Falguière. Tous les jours sauf lundi de 10 h à 18h. Entrée  : 8 € . www.bourdelle.paris.fr



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