A Nous Paris n°été HS2 6 jui 2015
A Nous Paris n°été HS2 6 jui 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°été HS2 de 6 jui 2015

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : A Nous Paris SAS

  • Format : (235 x 285) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 8,5 Mo

  • Dans ce numéro : les minions superstars de l'été.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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expo 26 Texte : Sonia Desprez affaires culturelles Les obsessions de Mona Hatoum Le Centre Pompidou se fait pionnier en consacrant pour la première fois 2 000 m² à l’œuvre de la troublante plasticienne née à Beyrouth en 1952. Des créations entre exploration intime et interrogation politique. Texte : Sonia Desprez CC’est une œuvre intéressante, cohérente et dérangeante que présente le Centre Pompidou dans l’espace qui a accueilli juste avant la très fréquentée rétrospective Jeff Koons, dont les kitscheries didactiquement exposées semblent soudain bien loin. Mona Hatoum, dont il s’agit ici de la première exposition monographique à cette échelle, est une artiste habitée d’obsessions, qui reviennent comme des motifs dans ses œuvres. La carte, tout d’abord, tour à tour dessinée au sol à l’aide de billes de verre, façon planisphère géant dont les frontières sont appelées à bouger naturellement au cours de l’exposition (Map (Clear), 2015), ou bien dessinée sur des savons de Naplouse (non loin de Jérusalem) pour figurer l’absurdité de la conception des frontières théoriques du territoire palestinien (Present Tense, 1996/2011). Plus loin, on trouve un globe géant où les continents sont tracés par des néons rouges qui grésillent pour figurer les « points chauds » de la planète (Hot Spot, 2013). Un autre motif récurrent chez l’artiste : le cheveu, qui compose de nombreux travaux, dont une spectaculaire installation (Recollection, 1995) où le visiteur traverse un « pénétrable » de cheveux de l’artiste, pendus au plafond, et surplombant des petites pelotes disséminées au sol, non loin d’un minimétier qui tisse... des cheveux. Pourquoi cette obsession ? « Parce que j’ai beaucoup de cheveux, non ? », plaisante l’artiste, qui rappelle plus sérieusement toutes les performances (restituées ici en vidéo ou en photo) qu’elle a accomplies avec son propre corps pendant de longues années, et dont le travail « capillaire » est une sorte de continuation. Ici, elle est empaquetée avec des rognons sur une table (The Negociating Table, 1993) ; là, elle est enfermée dans une cage dont elle traverse l’espace entravé par des outils rouillés suspendus (Position : Suspended, 1986)... « Une sensation d’instabilité » Autres matières humaines utilisées de façon récurrente dans ses œuvres, les ongles et la peau (la sienne). On retrouve aussi diverses structures en métal, comme ces cages à lapin formant une sorte de ville en U avec, au centre, une lumière se balançant, sous le titre Light Sentence. « La lumière qui bouge donne l’impression que le sol tremble, souligne Mona Hatoum, ça fait référence aux HLM, des cages à lapins où les gens sont condamnés à vivre un peu comme en prison ». Avec, comme souvent chez elle, un jeu de mots (on peut traduire « light sentence » par « condamnation lumineuse » ou « légère », mais comprendre aussi « life sentence », soit « réclusion à perpétuité »). D’autre structures : un paravent en forme de râpe géante (Grater Divide, 2002), des cages contenant des formes molles de verre soufflé rouge, pareilles à de drôles d’organes (Cellules, 2012- 2013)... L’angoisse diffuse qui émane de l’œuvre n’est pas nouvelle : « Pour le monde occidental, la guerre est plus présente depuis le 11 septembre 2001. Mais pour moi, elle existe depuis toujours. » Mona Hatoum est née (en 1952) et a grandi au Liban, dans une famille d’origine palestinienne. Cellules (détail), 2012-2013. Acier doux et verre soufflé en huit parties, 170 cm x profondeur et largeur variables. Œuvre réalisée par Mona Hatoum au sein d’Arnoux Industries et du Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques dans le cadre des Ateliers de l’EuroMéditerranée -Marseille Provence 2013, et en partenariat avec la galerie Chantal Crousel. Courtesy of the artist and Galerie Chantal Crousel, Paris Photo Sébastien Normand À gauche : Mona Hatoum. Photo Andri Pol, 2013 Elle vit à Londres depuis près de 40 ans, exilée de force par la guerre dans son pays d’origine. Certainement, tout cela éclaire en partie ses œuvres. « Je n’aime pas me définir, affirme-t-elle néanmoins, je suis née au Moyen-Orient, mais j’ai eu une éducation très cosmopolite. » Si la féminité est en jeu dans de nombreux travaux – voir Corps étranger (1994), la vidéo de l’exploration d’un corps de l’intérieur –, elle ne déclame pas de grands discours sur son statut de femme. D’une manière générale, il lui importe surtout de provoquer « une sensation d’instabilité, une insécurité », voire « une menace sous-jacente. Car ce qu’on pense être sûr pour l’être humain, il faut le questionner. » Voilà l’invitation : toujours questionner ce que l’on regarde, sans idée préconçue. D’où une absence totale de cartels. « Je préfère que les gens regardent les œuvres et s’y projettent au lieu de lire des textes qui leur donnent une explication. » Influencée par le minimalisme, l’art conceptuel, la cinétique, avec d’amusants clins d’œil à Duchamp et aux surréalistes, elle crée des œuvres-images puissantes. Qui secouent l’esprit. Et même un peu le corps.Mona Hatoum, jusqu’au 28 septembre, au Centre Pompidou, place Georges-Pompidou 4e. M o Rambuteau. Ouvert de 11 h à 21 h tous les jours, sauf le mardi. www.centrepompidou.fr. Entrée : 14 € ; tarif réduit : 11 €. 06/07/15 A NOUS
conversation 27 affaires culturelles Photo Nicolas Spiess Michel Gondry retombe en enfance Metteur en scène de rêves et touche-à-tout génial, Michel Gondry est de retour après l’ambitieux L’Écume des jours et le pointu Conversation animée avec Noam Chomsky. Typique de son œuvre, Microbe et Gasoil raconte la fugue, aux résonances autobiographiques, de deux ados lunaires dans une voiture bricolée. Il ouvre pour nous sa malle aux souvenirs. Texte : Fabien Menguy Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ? Michel Gondry : Je me suis souvenu qu’enfant je me liais toujours avec des copains de classe qui étaient des exclus, des cas sociaux ou des gens rejetés par la moyenne, par le groupe. J’habitais un quartier très conservateur et ma famille était du genre hippie. Du coup, j’étais aussi un peu à part. Donc j’ai eu envie de faire un film sur ce qui rapprochait deux camarades qui se sentaient exclus. Microbe me représente plus ou moins, tandis que Gasoil, c’est une compilation de différents copains. Quel était votre surnom à l’école ? En CM2, on m’appelait la crevette musclée. J’étais maigre et assez nerveux, c’est vrai, mais je n’étais pas vraiment musclé pourtant. Qu’y a-t-il d’autobiographique dans ce film ? Toute la première partie est très proche de la réalité et la deuxième, disons que c’est un rêve au sens propre et figuré. J’ai fait des rêves qui m’ont guidé pour écrire, et enfant, j’avais moi aussi essayé de construire une voiture avec des amis. On comptait partir se balader sur les routes de France, mais on ne l’a jamais terminée. Vous aviez vraiment commencé à fabriquer une voiture dans votre garage ? Oui. Un ami qui s’y connaissait bien en électricité nous avait même fait des électroaimants, les mêmes que ceux qui renvoient les balles dans les flippers. Avec un autre, on avait collecté des métaux dans les rues et en les revendant, on avait récupéré assez d’argent pour s’acheter un kart à moteur. Et c’était génial ! On fonçait dans les rues de Versailles. Avec mon frère, on avait aussi essayé de fabriquer un planeur, mais il n’a jamais volé. Je ne suis pas un fan de voitures ou de motos, mais l’idée de se construire un engin qui fonctionne, ça, ça me tenait à cœur. Est-ce que vous bricoliez aussi votre vélo ? Nos parents nous avaient acheté des vélos, et on habitait à côté d’une toute petite barre de HLM où les jeunes avaient des vélos complètement dépouillés. Un jour, on a voulu les imiter et on a enlevé les garde-boue et les freins, pour que les nôtres soient cross aussi. Nos parents étaient furieux. Est-ce que, comme Microbe et Gasoil, vous avez fugué quand vous étiez enfant ? Dans ma famille, on n’avait pas besoin de fuguer, on faisait ce qu’on voulait ! Votre mère était vraiment hippie, à l’instar du personnage interprété par Audrey Tautou dans le film ? Oui, on assistait avec ma mère à des conférences d’un maître bulgare. On nous apprenait des manières spirituelles de faire l’amour qui étaient en contradiction totale avec mes rêves secrets. D’où les dessins osés que Microbe cache sous son matelas. C’est aussi autobiographique ? Oui, tout à fait. J’avais fait une collection de dessins. Il n’y avait pas internet à l’époque. Je ne voulais pas les jeter après utilisation, parce que je les trouvais quand même bien, et j’étais un peu orgueilleux. Je les avais cachés sous mon matelas, mais ma grand-mère les avait trouvés. Dans le film, Microbe se prend un râteau dans une boum. Ça vous est arrivé ? Oui, comme dans le film, je me suis fait jeter par cette fille dont j’étais amoureux. Tout le monde me dit : « Vas-y, vas-y, tu as la cote, va danser avec elle. » J’y vais, elle me dit non, je lui demande pourquoi, elle me répond : « Tu es trop petit. » C’était horrible ! Et j’étais vraiment très timide. Mais on ne buvait pas à l’époque. Il n’y avait pas de quoi se désinhiber. Vous faisiez vraiment plus jeune que votre âge ? Oui. Ça, ça a été gênant par rapport aux filles. Quand mon frère, qui avait un an et demi de plus que moi, s’est imposé dans mon groupe d’amis en 4 e ou en 3 e, il est devenu très populaire, et il est sorti avec la fille dont j’étais amoureux. C’était aussi le thème de votre court-métrage La Lettre, ça ! Ça vous a marqué, on dirait ? Oui. C’est vrai que je reviens souvent dessus. À l’adolescence il y a des plaies qui s’ouvrent et qui ont du mal à se refermer. Mais c’est pardonné, même si parfois je le lui rappelle : « Quand même, tu as m’as piqué la fille que j’aimais. » Est-ce que comme dans le film, cette fille vous a écrit une lettre ? Elle m’avait envoyé cette lettre que je pensais être une déclaration d’amour, et je n’osais pas l’ouvrir. En fait, il y avait juste son adresse de vacances à l’intérieur. Je me souviens que je lui avais écrit à mon tour, avec un dessin. Pendant toutes les vacances, j’ai attendu la réponse, que je n’ai jamais eue. De quoi rêvez-vous maintenant ? De continuer à faire des films, et d’avoir une copine, je ne sais pas… Encore ? Oui, ça reste, c’est toujours le même problème.Microbe et Gasoil de Michel Gondry, avec Ange Dargent, Théophile Baquet et Audrey Tautou. Comédie. Sortie le 8 juillet.



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