A Nous Paris n°837 17 déc 2018
A Nous Paris n°837 17 déc 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°837 de 17 déc 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : A Nous Paris SAS

  • Format : (222 x 285) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 11,4 Mo

  • Dans ce numéro : et sinon on fait quoi pour les fêtes ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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expo Texte sculpture Immenses figures Le musée Maillol propose une traversée de l’œuvre d’Alberto Giacometti (1901-1966) en cinquante sculptures. Cette plongée renversante dans son univers, ponctuée de créations d’autres artistes majeurs, est prolongée jusqu’en février. De ses œuvres adolescentes transpire une juvénile hésitation, entre un académisme au fini lisse et la tentation d’un traitement plus vivant et fougueux de la matière. Avant de devenir l’élève de Bourdelle, il réalise des portraits de ses frères (Tête de Bruno, enfant, et Tête de Diego, enfant). Proche des avant-gardes, il s’essaie bientôt au cubisme, afin que ses sculptures prennent vie sous l’action du regard, multiplie les angles et perspectives. Mais ses figures semblent lourdes sans vie, elles qui devraient pourtant dire le mouvement. En témoigne cette Composition (dite cubiste) II, d’une pesanteur d’enclume. Comme d’autres, il s’intéresse aux arts primitifs, et donne naissance à un attachant Person- A NOUS PARIS  : Jeanne Gaudin Trois hommes qui marchent [petit plateau], 1948. Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris) 2018 Femme qui marche [I], 1932. Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris) 2018 nage accroupi  : bloc de douleur compacte, bronze lourd de tristesse contenue. D’une stèle, fin bouclier de plâtre, il fait une femme abstraite (Femme (plate V))  : les imperceptibles ondulations qu’il communique à la matière viennent dire l’anatomie féminine, les plis de la chair, dans un subtil jeu de formes concaves et convexes. « De la neige gardant les empreintes d’un oiseau », dira Cocteau. Il fait également preuve d’une minutie d’orfèvre lorsqu’il réalise le portrait sculpté de Simone de Beauvoir, minuscule statuette de bronze à la ressemblance frappante. C’est que la taille de ses figures semble se réduire inexorablement. Au point que leurs socles, en comparaison massifs, s’emploient à les sauver de la disparition. Le Petit Buste de Silvio sur double socle en témoigne, finissant d’instituer la base comme partie intégrante de l’œuvre. Dans son obsessionnel souci de saisir l’essence profonde de l’être humain, Giacometti réalise une Tête d’homme décharnée et dépourvue de nez. Un visage en décomposition, vidé de sa sève comme au retour des camps. Inévitable évocation de la Shoah. De même cette autre Tête d’homme de plâtre peint  : visage lacéré, front marqué de rouge, larmes de sang qui s’échappent d’un regard fixe comme pétrifié, absent. Fondamentalement, la figure humaine constitue le cœur du travail de Giacometti, l’essence de sa quête artistique, lui qui écrit en 1963 que « l’aventure, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour dans le même visage ». Lorsqu’il réunit sur un même plateau têtes, bustes et figurines, faisant fi de toute notion d’échelle, il dessine d’inattendus paysages anthropomorphiques, La Forêt ou La Clairière. Ces compositions complexes, Sartre les décrit comme de « petites sociétés magiques »  : les personnages se font arbres, les bustes, montagnes, et les têtes, rochers. Et que dire des maigres et noires figures de mort des Quatre Femmes sur socle ? Entre diables surgissant de leurs boîtes et chevalières annonçant l’Apocalypse, ces présences aux ombres menaçantes se dressent et forment un funeste barrage. Mais ce sont sans conteste les Trois Hommes qui marchent qui exercent le mieux leur hypnotisant pouvoir. Sous nos yeux, ces trois personnages semblent se démultiplier en une foule dense et bruyante de passants qui se croisent sans se voir, illusion répétée d’un mouvement empressé, ininterrompu. On croise d’immenses figures qui « n’en finissent pas d’avancer et de reculer dans une immobilité absolue » (Jean Genet), jusqu’à l’iconique Homme qui marche II. Dans son affrontement avec la matière, Giacometti parvient à propulser cette figure vers l’avant tout en ancrant solidement ses deux pieds dans le sol, et ce mélange d’avancée irrépressible et de retenue est renversant. Droite et digne, debout malgré les massacres du XX e siècle qui semblent inscrits dans son corps, elle se tient face au vent avec une détermination implacable. De cette figure sans identité, émanent à la fois une douloureuse fragilité et une force inouïe. Et il semble que cet homme qui marche, comme au bord de l’agonie, marchera pour toujours. Que pourrait-il faire d’autre ? Éternel représentant de l’humanité, il dit l’universalité de notre condition. Plus léger est le pas des deux dernières sculptures présentées, datées de 1949  : Homme traversant une place et Homme qui marche sous la pluie. Démarches aériennes d’un patineur ou d’un danseur, prêt à s’envoler en un saut virevoltant d’espoir. L’exposition est ponctuée d’œuvres d’autres sculpteurs que Giacometti a côtoyés, dont il a pu s’inspirer  : Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau mais aussi Brancusi, Lipchitz, Zadkine ou encore Richier. Les formes s’interpellent en un intéressant dialogue, dans un esprit de camaraderie et de saine émulation. Giacometti l’écrit lui-même, auquel on laisse le mot de la fin  : « Aucune sculpture ne détrône jamais aucune autre. Une sculpture n’est pas un objet, elle est une interrogation, une question, une réponse. ».Giacometti, entre tradition et avant-garde jusqu’au 3 février, au musée Maillol, 61, rue de Grenelle, 7e, M° Rue du Bac. Tous les jours de 10 h 30 à 18 h 30. Nocturne le vendredi jusqu’à 20 h 30. Entrée  : 13,50 € (TR  : 11,50 € /9,50 € ). www.museemaillol.com 28 affaires culturelles
scènes affaires comédie absurde Le CV de Dieu Et si Dieu devait se trouver un job comme nous, simples mortels ? Imaginez  : ayant achevé son grand œuvre (soleil, ciel, mer, terre, animaux, hommes, etc.), le Tout-Puissant s’ennuie ferme, tout seul là-haut, car comme l’a dit Woody Allen, « L’éternité, c’est long. Surtout vers la fin ». La poterie ? Pas son truc. Son fils ? Un sujet à éviter. Dieu veut descendre sur Terre pour tenter de se faire embaucher dans un grand groupe. Son impressionnant CV tracté sur un diable (!) , le voici dans le bureau du DRH. L’humour restant un remède miracle qui permet l’analyse en évitant une fastidieuse explication de texte sur la genèse du monde, cette adaptation du roman de Jean-Louis Fournier (1995) se transforme ici en une comédie farfelue, prétexte à personnifier l’Être suprême pour lui Texte  : Myriem Hajoui demander des comptes. La partie est serrée  : Dieu (Jean-François Balmer) doit répondre à certaines questions existentielles (« Pourquoi le vent ? », « Était-ce vraiment nécessaire de créer les cons ? ») , mais aussi justifier la surpopulation, les typhons, les épidémies… Exposition 14 oct. 2018—24 févr. 2019 GÉOMÉTRIES SUD DU MEXIQUE À LA TERRE DE FEU Didier Bénureau et Jean-François Balmer Ch. Vootz 29 culturelles Admiratif et envieux, le DRH (Didier Bénureau) ne l’épargne pas. Fier de lui lorsqu’il évoque la création du monde, Dieu exprime aussi sa honte du Sahel ou des souffrances humaines. Mails il refuse de porter tous les maux de la terre et renvoie les hommes à leurs responsabilités (destruction de l’environnement, manque de charité). La situation est propice à un ping-pong verbal oscillant entre poncifs et réflexions ciselées. Malgré une mise en scène qui ne mange pas de pain (Françoise Petit), c’est justement en jouant de cette situation incongrue que Bénureau et Balmer excellent à faire jaillir le rire. Mais pas que. Car l’auteur – ex-compère de Desproges dans La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède – teinte cette comédie d’une amertume mélancolique face à l’ingratitude des hommes « impossibles à contenter ». Drolatique et absurde en diable.Jusqu’au 6 janvier, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16 h au théâtre de la Pépinière, 7, rue Louis-le-Grand, 2e, M° Opéra. Places  : 12 € à 34 € .



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