[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°5 fév/mar/avr 2007
[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°5 fév/mar/avr 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de fév/mar/avr 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Régional de Rhône-Alpes

  • Format : (275 x 355) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : réchauffement climatique... quelles menaces pour la Région ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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2 RhôneAlpes Printemps 2007 Portrait « En quarante ans, l’enneigement en moyenne montagne a baissé de 40%. Et tandis que la quantité de neige a diminué, la durée d’enneigement a également chuté de vingt-cinq jours. » Ainsi fondent les neiges Pierre Etchevers, 36 ans, directeur du Centre d’études de la neige, à Grenoble, confirme une diminution nette de l’enneigement au cours des quarante dernières années. Cette réduction touche en priorité les stations de moyenne montagne. St-Étienne Lyon Valence Annecy Grenoble LA GRENOUILLE DANS LE BOCAL, il ne connaît pas. Et la prévision météo au doigt levé, ce n’est pas le genre de la maison. Pierre Etchevers dirige le Centre national d’études de la neige (CEN) au sein de Météo France. Il a beau affirmer avoir 36 ans, sa jovialité et ses cheveux bouclés lui confèrent des airs de grand adolescent. Derrière le sourire malicieux se cache un scientifique rigoureux, reconnu par ses pairs. Formé à Toulouse à l’école de Météo France, ce Béarnais entame son parcours professionnel par une thèse sur l’hydrologie du bassin du Rhône. Les flocons, sa future spécialité, pointent déjà le bout de leurs cristaux. Il prend ensuite la tête d’une équipe de recherche embarquée dans la modélisation numérique du manteau neigeux. Cinq ans à pister les avalanches et les interactions avec le climat avant d’occuper le poste de directeur. Là, il supervise une unité de vingtsept personnes aux missions multiples comme l’étude des propriétés physiques et mécaniques de la neige, l’aide à la prévision du risque d’avalanche. Le Centre dispose d’une vingtaine de stations de mesures automatiques en France, dont treize dans les Alpes. Dans le bâtiment de Météo France sur le campus de Genoble, on aperçoit entre les arbres la chaîne de Belledonne d’un côté et le massif de Chartreuse de l’autre. Une fine pellicule de neige est restée accrochée aux rochers. « Avant leur arrivée au sol, il existe plus d’une centaine de cristaux de neige différents, explique-t-il, ils ont été repérés par les Japonais : il y a des étoiles, classiques, mais aussi des cylindres, des boutons de manchette… » Précieuse neige. Car elles ont 1970 Naissance à Salies-de-Béarn, près d’Orthez 1994-96 Formation à l’École nationale de la météorologie à Toulouse 1996 Arrivée dans la région grenobloise, au Centre d’études de la neige (CEN) 1998 Dirige une équipe de recherche au sein du CEN 2004 Devient directeur du CEN 2006 Naissance de son deuxième enfant disparu, les neiges de jadis ! Celles des souvenirs d’enfant, des poudreuses infinies, des cartes postales de Noël. Le temps change. Et le réchauffement de la planète est bien une réalité pour cette unité de Météo France. « Nous avons des signes très nets du réchauffement du climat par une diminution marquée de l’enneigement, confirme Pierre Etchevers. Tous les jours, depuis quarante-cinq hivers, des mesures sont faites sur le même site, au col de Porte, en Chartreuse : en quarante ans, l’enneigement a diminué de 40%. Et tandis que la quantité de neige s’est amoindrie, la durée d’enneigement a également chuté de vingt-cinq jours. » Les neiges d’avant s’installaient pendant six mois, elles fondent maintenant après cinq mois. Autrefois, il pouvait y avoir 3 mètres de neige au col de Porte, à 1 326 mètres d’altitude. Désormais, la hauteur maximale atteint 1,5 mètre. « Ce constat est général sur l’ensemble des Alpes, ajoute notre homme des neiges. La diminution s’est accentuée à partir des années 1980. » Les précipitations n’ont pas régressé pour autant. Elles tournent en pluies. Cet effet peau de chagrin du manteau neigeux inquiète. Les premières stations touchées sont celles de moyenne montagne, situées entre 1000 et 2 000 mètres. Certaines voient leur saison raccourcie de plus d’un mois et le volume de poudreuse fondre de moitié. Professionnels et élus, ligotés par des investissements coûteux, s’interrogent sur l’avenir de ces stations. L’équipe du Centre d’études de la neige est associée à ces réflexions. « Les discours commencent à changer. Les financeurs se posent des questions. » Au-delà de 2 000 mètres d’altitude, là où les températures restent basses pendant l’hiver, la réduction de l’enneigement est moins marquée. Y aura-t-il de nouveau des Noël enneigés ? La rituelle question fait sourire Pierre Etchevers. Père de deux jeunes enfants, il avoue se tracasser un peu pour les générations futures : « Leur environnement sera moins facile et l’énergie plus chère. » En attendant, avec son équipe, il tente de faire passer le message : « Le grand public a pris conscience du réchauffement, mais il y a une grande inertie générale.La baisse de l’enneigement est directement liée à ce qui a été fait il y a vingt ou trente ans. Si l’on en prenait aujourd’hui vraiment la mesure, il n’y aurait pas d’effet visible avant vingt ou trente ans ! » Patience, donc, mais aussi « consensus et volonté d’agir ensemble car la solution ne peut être que globale ». Il n’y a plus de doute à avoir sur les causes de la disparition progressive de la neige. Ni sur le recul des glaciers, plus visible encore. Ni sur la canicule de l’été 2003. « L’activité humaine a engendré une augmentation exceptionnelle des gaz à effet de serre : la terre s’est réchauffée de 0,6 degré en cent ans. Avant, un tel changement prenait mille ou dix mille ans. Il n’y a plus que quelques provocateurs et quelques soutiens du lobby pétrolier pour soutenir le contraire. » Elisabeth Chambard
Le réchauffement, une réalité EN RHÔNE-ALPES, LA TEMPÉRATURE A AUGMENTÉ D’ENVIRON 2 DEGRÉS ENTRE 1922 ET 2005 En France, chaque habitant consomme 2,7 tonnes équivalent pétrole par an en énergie. Les Rhônalpins en consomment davantage : 3 tonnes équivalent pétrole par habitant, soit 70 pleins de 50 litres. RhôneAlpes Printemps 2007 3 Les activités quotidiennes, à la maison, au bureau, en déplacement, représentent plus de 60% des consommations énergétiques régionales. INITIATIVE : MEGATOR OU L’OBSERVATION PAR SATELLITE Des chercheurs surveillent les glaciers En octobre dernier, des chercheurs ont réalisé des images du glacier d’Argentière, dans le massif du Mont-Blanc, depuis un avion équipé d’un radar, tandis que, sur les sommets, quinze personnes effectuaient des mesures in situ. Leur objectif ? Observer l’évolution du glacier. Mais, surtout, se préparer, dans le cadre de Megator*, à l’aventure de la haute résolution spatiale qu’annonce Orfeo, un nouveau programme d’observation de la Terre par satellite. « Nous possédons déjà de nombreuses images faites en 1995 par les satellites ERS1 et ERS2, explique Michel Gay, chercheur du Gipsa*, à Grenoble, coordinateur de Megator. Le radar permet d’étudier les glaciers toute l’année, même en hiver, avec un ciel couvert, de jour comme de nuit. » Mais, jusqu’alors, à part avec des engins militaires, la résolution de ces images restait faible, de l’ordre de 20 mètres par pixel (point d’une image), alors que les satellites d’Orfeo prévoient d’accéder à une précision d’un mètre par pixel. « C’est idéal pour observer les glaciers, relève Emmanuel Trouvé, maître de conférence au Listic* (Annecy), également coordinateur de Megator. Mais nous devons nous exercer à traiter ces nouvelles images. » D’où l’intérêt de l’expédition d’octobre qui, en permettant d’acquérir des images d’une résolution de 2,5 mètres par pixel, servira à valider les nouvelles méthodes de traitement et à comprendre l’interaction entre onde électromagnétique et neige. Dès ce mois de février, les chercheurs de Megator s’envoleront pour faire de nouvelles acquisitions radar des glaciers enneigés. Premiers résultats dans un an pour la campagne aéroportée et trois ans pour les acquisitions des satellites d’Orfeo… F. R. * Le projet Megator (ou Mesure de l’évolution des glaciers alpins par télédétection optique et radar) associe quatre laboratoires : l’équipe photogrammétrie architecturale et géomatique, de l’Insa de Strasbourg, le LTCI à Télécom Paris, le Gipsa à l’INP Grenoble et le Listic à l’université de Savoie. « Des réactions en chaîne dans les Alpes » INTERVIEW Le pôle participe à ClimChAlp, projet européen d’évaluation du changement climatique dans les Alpes et de ses effets sur les risques naturels. Le réchauffement climatique se mesure-t-il déjà dans les Alpes ? Au niveau scientifique, il n’y a plus d’incertitude sur la réalité du changement climatique. On observe un réchauffement sur un siècle de 0,6 °C à la surface du globe, de 1 à 1,5 °C dans les Alpes. D’autres phénomènes – diminution du stock de neige, décalage de la fonte des neiges – ne JEAN-MARC VENGEON, directeur du pôle grenoblois d’études et de recherches pour la prévention des risques naturels sont plus contestables. Ces observations ne sont pas empiriques. Cette tendance s’exprime au-delà de certaines variations annuelles. Et pour les précipitations ? C’est beaucoup moins net. On n’observe pas pour l’instant de modification du régime des précipitations. On n’est pas capable d’évaluer une évolution des crues et des étiages des rivières dans les mesures faites depuis une quarantaine d’années. D’autres phénomènes sont-ils constatés ? La hausse des températures a un impact sur les glaciers et sur le permafrost, les sols gelés en permanence à une certaine profondeur. Entre 2 500 et 3 500 m d’altitude, cela peut provoquer des réactions en chaîne : éboulements de terrain, phénomènes de lave torrentielle comparables à des coulées volcaniques, qui charrient de gros rochers… En septembre, une lave torrentielle a dévalé le bassin versant audessus de Martigny, en Suisse, coupant la ligne de chemin de fer. Il a fallu évacuer une partie de la ville pendant la nuit. La fonte des glaciers entraîne aussi la formation de lacs qui, en débordant, peuvent entraîner la rupture de moraines. Pour éviter de tels débordements, on a dû abaisser le niveau du lac d’Arsine, dans les Écrins, ou vidanger un lac dans la Vanoise. EXPOSITION À CHAMONIX QUAND LES BOSSONS TIRENT LA LANGUE Depuis 1982, on assiste à une accélération sans précédent de la fonte des glaciers. Ainsi, celui des Bossons, tout près de Chamonix, a reculé de 623 mètres ! La canicule de l’été 2003 a provoqué une fonte exceptionnelle de 2,7 mètres de glace à 2 900 mètres d’altitude pour une moyenne de 1,5 mètre entre 1982 et 2002 et de 0,9 mètre entre 1954 et 1981. Du jamais vu depuis 1947 ! Victimes du réchauffement de la Terre, les glaciers tirent la langue. Sont-ils condamnés à disparaître, faisant remonter le niveau des mers et des océans, et fuir des rivages les nouveaux naufragés ? C’est la question que veulent poser les organisateurs de l’exposition Des glaciers et des hommes organisée par la ville de Chamonix. Plus de 250 documents photographiques provenant du monde entier présentent les glaciers les plus significatifs et les plus impressionnants, en juxtaposant la démarche scientifique et l’approche mythique. Des glaciers et des hommes, jusqu’au 30 octobre 2007, Espace Tairraz, Chamonix, tous les jours de 14h à 19h. En savoir plus : www.chamonix.com TÉMOIGNAGE : L’AIR DES VALLÉES ALPINES AUSCULTÉ Les dommages du chauffage résidentiel Lyon Annecy Chambéry Grenoble Valence Didier Chapuis, directeur de l’association Air-Ain Pays de Savoie « Pendant les trois ans de fermeture du tunnel du Mont-Blanc, nous avons conduit, avec des laboratoires de recherche, le programme d’étude Pova (Pollution des vallées alpines). Il a révélé l’existence de polluants, industriels et naturels. Parmi eux, les poussières en suspension dues aux chauffages résidentiels (fuel et bois) sont préoccupantes. Nous avons conçu un modèle permettant de quantifier l’impact des choix et aménagements sur la qualité de l’air, qui repose sur quatre hypothèses : plus ou moins 50% de poids lourds, situation identique à aujourd’hui ou encore, généralisation du chauffage au gaz naturel. »



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