[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°28 mar/avr/mai 2013
[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°28 mar/avr/mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°28 de mar/avr/mai 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Régional de Rhône-Alpes

  • Format : (275 x 355) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4,2 Mo

  • Dans ce numéro : matière grise contre la crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 16 - 17  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
16 17
• 16 N°28/printemps 2013 Juan Robert Thermador joue la transparence… et ça marche Cette société basée à Saint-Quentin Fallavier, spécialisée dans les équipements de chauffage, affiche les salaires et primes de tous et réalise un très bon chiffre d’affaires. L e secret crée le fantasme. Le fantasme fait perdre du temps. Ne perdons pas de temps. » Guy Vincent applique cette formule quand il crée, en 1968, la société Thermador. Depuis, l’entreprise de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, est devenue un groupe de huit filiales et fonctionne grâce à une innovation sociale aussi radicale que réfléchie. Chaque année, v Guillaum Robin, le PDG de Thermador Groupe le personnel est informé au sein de chaque filiale des salaires et des primes de tous, du P-DG jusqu’au nouvel arrivant. Les femmes ont autant de responsabilités et les mêmes salaires que les hommes. L’échelle hiérarchique se limite à quatre échelons et le plan d’épargne entreprise voit, en 2013, la société abonder de 150% l’apport des salariés. Spécialisée dans la distribution des équipements de circulation des fluides ainsi que des pompes domestiques, Thermador affiche un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros et emploie 257 personnes. La carotte et le reste Ce fonctionnement nécessite des bases solides. De la rigueur d’abord, afin de justifier chaque augmentation de salaire ou versement d’une prime. De l’implication également : « Les dirigeants de filiales demandent aux employés de commencer à l’heure, de s’arrêter à l’heure et, entre les deux, de faire leur travail le plus sérieusement du monde. Ici, les pauses-café ne s’éternisent pas… », confie Guillaume Robin, P-DG de Thermador Groupe. Bruno, la cinquantaine, vingtsix ans de maison et responsable d’un entrepôt de 8 000 m², évoque le turn-over de magasiniers constaté dans d’autres sociétés : « Chez nous, ils restent en moyenne seize ans. Pour la carotte et tout le reste… » La carotte, ce sont des salaires plus élevés qu’ailleurs et des primes de fin d’année oscillant entre deux et cinq mois de salaire en moyenne par société. Pour le reste, chacun se voit accorder confiance et autonomie, à condition d’être réactif et rester simple. Donc efficace. Laurent Diennet w www.thermador.fr Ils partagent plus que des bureaux Marc Chatelain Plus innovant que du simple co-working ou bureau partagé, Locaux Motiv « est né, dans le quartier de la Guillotière, à Lyon 7 e où le tissu associatif est très fort », explique Stéphanie Lucien-Brun, membre du bureau. Cette jeune coopérative s’appuie sur « les valeurs de partage, de recherche du bien commun, d’ouverture d’esprit, de respect et de solidarité ». Tous les adhérents s’engagent à respecter ces valeurs, qu’ils soient résidents, usagers, utilisateurs des ressources et des espaces d’accueil ou simples sympathisants. La convivialité est cultivée dans chaque recoin de cette ancienne trésorerie équipée de meubles de récup. Planifiés ou informels, les échanges sont constants entre les occupants des 564 m² qui ont, ensemble, mis sur pied une fête de quartier et un événement culturel. Parmi eux, des spécialistes des usages sociaux du numérique, comme Stéphanie (La Fabrique à liens), de mobilité durable, comme Benoît (Mobiped), incollable sur les plans d’accès, de la diversité dans les ressources humaines, comme Vincent (Mozaïk RH), président de Locaux Motiv, du compost en ville, comme Stéphanie (Les Compostiers)… Tous partagent les lieux de rencontre, les salles de formation ou de réunion, les espaces de stockage, le pôle reprographie, les flux Internet… et la même envie de participer à la réussite de ce concept. Chantal Féminier w Contact : www.locauxmotiv.fr INTERVIEW Danièle Demoustier, chercheur et maître de conférence en économie sociale à l’iep de Grenoble « L’économie sociale peut aider à sortir de la crise » DR L’économie sociale et solidaire est-elle encore source d’innovation ? Elle a toujours innové, en repérant et en répondant à de nouveaux besoins sociaux. Grâce à l’action d’associations ayant interpellé les pouvoirs publics, la prise en charge du handicap, l’insertion ou la protection de la nature sont devenus des services d’intérêt général. Ces acteurs créent de nouvelles richesses sur leur territoire. Ce qui est nouveau, bien qu’encore timide, c’est qu’ils participent à l’élaboration de politiques locales. Dans une prochaine étape, ils le feront pour toutes les politiques publiques. Comme ils touchent à l’économie, à l’action sociale, à l’environnement, ils incitent à un regard transversal. Ce secteur sait-il aussi se renouveler lui-même ? Pour que leurs initiatives ne restent pas émiettées, voire concurrentes, il faut une structuration. Le statut de Scic, Société coopérative d’intérêt collectif*, créé en 2001, est intéressant car il autorise un « multisociétariat » : salariés, usagers, collectivités, entreprises… Autre nouveauté : les « pôles de coopération territoriaux », dans lesquels des associations, des coopératives, des PME se consolident mutuellement et renforcent leur influence. C’est le cas du groupement d’insertion Archer, à Romans, qui a relancé et de relocalisé la production de chaussures. L’ESS serait-elle une solution à la crise ? Son rôle d’amortisseur est démontré. Son essor actuel sera peut-être temporaire et les entreprises reprendront la main, en intégrant à leur manière ses concepts de solidarité et de coopération. Mon hypothèse est plutôt qu’on ne sortira de la crise que lorsqu’on aura trouvé un nouveau modèle socio-économique reposant sur trois piliers au lieu de deux : secteur marchand concurrentiel, public administratif, solidaire prônant la coopération. Encore faut-il que les élus et les acteurs en aient conscience. Or ces derniers raisonnent encore de façon cloisonnée. Il y a pourtant une demande de la société civile pour une installation durable de ces valeurs. Propos recueillis par Véronique Vigne-Lepage * Il en existe 33 en Rhône-Alpes, comme Enercoop ou le Buffet de la gare du Fayet.
N°28/printemps 2013 17 La lutte victorieuse des salariés de SET Saint-Jeoire-en-Faucigny Lyon Valence À Saint-Jeoire-en-Faucigny, en Haute-Savoie, les employés ont repris leur entreprise, menacée de fermeture. C’est une pépite nichée au pied des montagnes. Depuis sa création, en 1975, à Saint-Jeoire-en-Faucigny, en Haute-Savoie, Smart Equipment Technology (SET) conçoit et fabrique des machines pour la microélectronique. Elle est la seule au monde à savoir aligner des composants de grande taille, notamment pour l’armée. Les quelque quarante salariés y sont, pour la plupart, entrés il y a plus de quinze ans. Lorsqu’en 2012 le propriétaire suédois conduit l’entreprise au dépôt de bilan alors que le carnet de commandes est plein, cinq d’entre eux se mobilisent. « Comme nous voulions être associés, nous avons contacté l’Union régionale des Scop, l’Urscop », rapporte Pascal Metzger. L’équipe chargée d’accompagner les reprises d’entreprises par des salariés passe alors à l’action : en deux mois et demi, elle jauge la viabilité économique de la PME, évalue les relations entre les personnes ainsi que l’organisation et la hiérarchie envisagées. Enfin, l’Urscop, via sa société de capital-risque Transméa*, réunit des partenaires financiers : 6 M € sont réunis aux côtés des 164 000 € versés au capital par les salariés, soit de un à trois mois de salaire. Entre-temps, un groupe américano-singapourien, intéressé par la technologie de SET, se positionne et, le 6 novembre, l’emporte devant le tribunal de commerce. Heureusement, trois jours plus tard, le parquet fait appel, donnant une chance à cette technologie de rester en Haute-Savoie. Grâce à « la mobilisation à toute épreuve de l’Urscop », grâce au soutien même du gouvernement, de la Région Rhône-Alpes et à une médiatisation, les salariés finissent par gagner, le 4 décembre dernier. Aussitôt, la société devient SET Corporation, et Pascal Metzger passe du poste de responsable de bureau d’études à celui de… P-DG. « Les journées sont un peu courtes », avoue-t-il. Il doit faire face à cette responsabilité ainsi qu’aux commandes, qui affluent à nouveau. Quant à Dominique Sermet, chef d’îlot câblage et désormais administrateur, il assure : « Je disais déjà que c’était ma boîte, mais je me sens davantage maître de mon avenir ». Véronique Vigne-Lepage * Créé en 2007, la société de capital risque Transméa a reçu 1 ME d’aide de la Région Rhône-Alpes Après moult rebondissements, 37 salariés de SET ont pris les rênes de leur entreprise, sous forme de coopérative. Juan Robert Marc Chatelain Un nouveau métier, au pied du mur La coopérative Cité création vient d’ouvrir à Oullins la première école formant au métier de peintre muraliste urbain. A u centre d’une grande salle lumineuse, des pieds géants, en plâtre. Des jeunes gens les observent, concentrés derrière leur chevalet. La journée est consacrée au « dessin d’antique ». Demain, ce sera peut-être « modèle vivant » ou « histoire de la peinture murale ». Ces quarante étudiants constituent la première promotion de EcohlCité, à Oullins, dans le Rhône, première école au monde formant au métier de peintre muraliste urbain. En trois ans, ils vont apprendre à concevoir et réaliser des fresques, des trompe-l’œil. À l’origine de ce projet : Cité création, société créée à Lyon en 1980, aujourd’hui présente et reconnue dans de nombreux pays. « Nous avions envie de transmettre notre savoir-faire et qu’il devienne un métier bien identifié, explique Gilbert Coudène, cofondateur de cette coopérative. Ces jeunes se destinent ainsi à peindre en extérieur, sur un échafaudage, en passant d’un milieu social à l’autre… » Surtout, ils apprennent à travailler en équipe, à l’image de Cité création : ici, pas d’ego dominant, une direction tournante, associant toujours un homme et une femme. Gilbert Coudène explique comment monter un projet avec des habitants, tandis que Joëlle Bonhomme apporte son expertise artistique acquise en 600 fresques à Lyon, Berlin ou Shanghai. « Le maire de cette ville dit qu’il lui faudrait 3 000 peintres muralistes », assure Gilbert Coudène. Il devra patienter pour embaucher les étudiants lyonnais : ils en sont encore à « manger de l’académique », résume Caroline Romanet, professeur de l’école d’art Émile-Cohl, associée au projet pour enseigner les bases du dessin. Que ce soit Yanjun, qui trouve que « la création est trop centrée sur le jeu vidéo » chez elle en Chine, ou les Français Mathieu et Quentin, qui se réorientent après une première formation, certains ont parfois « traîné un peu » avant de venir là. Tous, cependant, ont le sentiment d’avoir trouvé leur voie. Véronique Vigne-Lepage POINT DE VUE Sabine Serrad Cyril Kretzschmar, conseiller nouvelle économie, nouveaux emplois, artisanat et économie sociale et solidaire L’innovation sociale au service de tous L’innovation sociale est claire ment un levier de développement économique. En amenant toutes les parties prenantes à débattre ensemble, elle apporte de nouvelles solutions utiles pour tous. Modifier l’organisation du travail ou les horaires, faire évoluer la relation client/fournisseur ou entreprise/sous-traitant, transformer la répartition du capital et améliorer le service rendu au client sont autant de champs d’innovation qui nécessitent de débattre avec tous les interlocuteurs concernés. Ce dialogue est porteur d’intérêt général et améliore la valeur ajoutée globale de l’entreprise. L’innovation sociale n’est pas du tout hors jeu dans la période que nous connaissons. La crise est liée notamment à des réponses économiques inadaptées aux besoins essentiels des personnes, aux besoins sociaux. Innover socialement amène à s’interroger sur les valeurs et les fina lités, conduit à réajuster l’économie aux besoins humains. L’innovation sociale est au cœur de la stratégie européenne actuelle, intégrant les dimensions sociales dans la compétitivité globale. La France l’a également prise en compte, notamment par la création d’un ministère de l’économie sociale et solidaire. De nouvelles entreprises émergent aujourd’hui dans notre région, plus ouvertes à l’articulation entre social et économique. Que l’on soit consommateur, salarié ou entrepreneur, l’innovation sociale est au service de tous. Elle profite à toutes et tous : les Rhônalpins peuvent en être les acteurs. Pour devenir leader des fours de cuisson haut de gamme comme Bourgeois à Faverges, pour sauver son entreprise de la faillite ou du rachat à l’étranger, comme les Atelières et SET, pour stimuler la coopération créative, comme Cité création, pour accéder à des bureaux moins onéreux et plus coopératifs, comme avec Locaux-Motiv, l’innovation sociale, ça nous gagne !



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :