[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°26 sep/oct/nov 2012
[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°26 sep/oct/nov 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°26 de sep/oct/nov 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Régional de Rhône-Alpes

  • Format : (275 x 355) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,8 Mo

  • Dans ce numéro : les jeunes restent optimistes malgré la crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 ilhi5nc-‘lpes N°26/AUTOMNE 2012 Regard sur une génération Au stade Gerland, Wendie Renard brandit la coupe de la Ligue des Champions, gagnée le 17 mai (2-0) contre Francfort. « Les jeunes ont des raisons d’être critiques » SIPA Presse Entretien avec Michel Fize, sociologue, chercheur au CNRS, spécialiste de la jeunesse et de l’adolescence. REPÈRES Michel Fize est sociologue, chercheur au CNRS, spécialiste des questions de l’adolescence, de la jeunesse et de la famille. Il a obtenu en 1992 la médaille de la Jeunesse et des Sports. Il a été maire adjoint en charge de la jeunesse et des sports de Michery (Yonne). Il a également été un des animateurs de la Consultation nationale des jeunes, lancée par Édouard Balladur en 1994, puis membre du cabinet de Marie-Georges Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, de 1997 à 1998. De 2000 à 2002, il est chargé de mission au Conseil général des Hauts-de-Seine. Puis, de 2006 à 2010, il devient chargé de mission scientifique au ministère de la Défense pour y mener une étude d’évaluation du dispositif « Défense 2 e Chance ». Pour aller plus loin : Le Livre noir de la Jeunesse, Presses de la Renaissance, 2007. Le Bac inutile, L’Œuvre éditions, 2012. Hausse du chômage, montée des contrats précaires, les jeunes semblent peiner à s’insérer dans la société ? Tous les indicateurs le confirment. Aujourd’hui, les jeunes sans qualification demeurent les premiers naufragés du système économique. Même les diplômés ne sont plus à l’abri. Le diplôme ressemble de plus en plus à un parapluie percé. Les enquêtes montrent que certains diplômes supérieurs, à bac + 5 ou 6, ne sont plus recherchés par les entreprises. Ces diplômés sont chers et ne correspondent pas toujours aux besoins économiques actuels. On constate par ailleurs l’allongement de la durée entre la fin des études et l’accès à l’emploi. Neuf mois après leur fin d’études, un tiers des diplômés de l’enseignement supérieur se trouvent toujours sans travail. Et pourtant, les enquêtes montrent que les jeunes se déclarent plus inquiets pour leur génération que pour eux-mêmes ? Heureusement ! Affirmer l’inverse serait catastrophique. Une des caractéristiques de la jeunesse, c’est justement la capacité à imaginer des projets, l’optimisme. Les jeunes sont au début de leur vie d’adulte, tous les espoirs sont permis. Ils n’ont rien à perdre et font preuve de beaucoup de détermination. Ils veulent y croire. C’est pourquoi ils sont très courageux. Ils épousent le jeu auquel les adultes leur demandent de croire. Les chiffres du bac sont éloquents : 86% d’entre eux se débrouillent pour le décrocher ! En même temps, on voit bien que les jeunes ne sont pas dupes. Ils sont frappés, au même titre que les adultes, par la précarité, la difficulté d’accéder à un logement, aux soins, aux loisirs… En 2011, plus de 20% des jeunes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, dont une moitié des étudiants. S’ils ne sont pas fatalistes, ils ont de bonnes raisons d’être critiques vis-à-vis de la société. Pourquoi réclamer la disparition du bac ? Parce qu’il est inutile, très coûteux et qu’il ne permet ni d’accéder à un emploi, ni de réussir sa première année d’université ! L’épreuve du bac sanctionne surtout une capacité de mémoire. Elle consiste à régurgiter des connaissances « Il vaudrait mieux leur apprendre à travailler en équipe » bachotées en terminale, qui sont loin des compétences nécessaires à l’entrée dans le monde du travail. Son organisation coûte très cher, entre 58 et 100 millions d’euros par an, soit 1 à 2% du budget de l’Éducation nationale. Des moyens dont on a grand besoin ailleurs. Les modalités d’évaluation à l’école doivent changer, le contrôle continu doit se généraliser, comme cela se passe déjà pour le brevet des collèges et le bac pro mais aussi en Allemagne, en Espagne ou en Belgique… Supprimer le bac suffirait-il ? Le bac justifie le programme qui conditionne les matières, elles-mêmes justifiant les notations. Notre système éducatif est à bout de souffle. Il est urgent de redéfinir les missions de l’école, le rôle des enseignants. Pour améliorer le sort de tous les jeunes, il faut absolument s’attacher à réformer le système : Howard Gardner, le spécialiste américain de la psychologie cognitive, a montré qu’il existe huit formes d’intelligence. L’enseignement actuel s’appuie presque exclusivement sur un mélange d’intelligence linguistique et logico-mathématique. Les autres formes, spatiale, corporelle, interpersonnelle, existentielle sont complètement négligées ! Or il serait plus équitable et plus astucieux de diversifier la présentation des contenus à enseigner. Que faudrait-il enseigner ? Il n’est pas question de cesser d’apprendre des disciplines scolaires mais d’indiquer aux élèves les voies les plus appropriées pour s’insérer dans le monde du travail. La réforme doit trouver l’équilibre entre culture générale et compétences métiers. Pour mieux préparer les jeunes à leur vie d’adulte et notamment professionnelle, mieux vaudrait leur apprendre à apprendre, à travailler en équipe, à formuler un point de vue. Pour cela, il est nécessaire de connecter les deux mondes, l’entreprise et l’école. Les professionnels doivent venir à l’école, les enseignants aller en entreprise. Propos recueillis par Laurence Tournecuillert Photo PQR/Le Progrès/Stéphane Guiochon Jean-Paul Bajard
• N°26/AUTOMNE 2012 5 Histoire d’une enfant Triple championne avec l’Olympique lyonnais, Wendie Renard, 22 ans, a commencé dans une équipe de garçons en Martinique et joue désormais en équipe de France. Guerrière sur le terrain, elle garde la tête froide. de la balle N ous sommes en 1998. Une fillette de 8 ans regarde la télé en famille. Sur le petit écran, Marinette Pichon, attaquante de l’équipe de France, marque un but contre l’Allemagne. « Tu me verras un jour avec ce maillot ! » clame la petite Wendie à sa mère qui en rit. Mais neuf ans plus tard, la gamine de l’Essor Préchotain entre en équipe de France des moins de 19 ans. Elle arbore le maillot bleu, avec le coq, son rêve d’enfant. « J’ai toujours aimé le foot. Après l’école, dans mon quartier, en Martinique, on jouait sur le parking avec mes cousins. Ma mère a joué, mes tantes pratiquaient le hand. On est sportifs dans la famille », confie Wendie Renard. Aujourd’hui footballeuse professionnelle à l’Olympique lyonnais, elle vit une année exceptionnelle : avec son club, elle a engrangé trois titres – Coupe de France, Championnat de France et Ligue des champions – et a rejoint l’équipe de France pour les Jeux Olympiques de Londres où elle espère bien glaner une médaille. « On peut décrocher l’or, on a un bon groupe. La Coupe du Monde nous a fait du bien. » Grâce à Wendie et ses co équipières, le football féminin grappille des supporters. Ils apprécient les qualités techniques, l’absence de triche, le jeu sans chichis. Rien à voir avec les stars du football masculin qui ont déçu lors de l’Euro. « Quand on porte le maillot, il y a des choses à ne pas faire. On défend les couleurs d’une nation. Il faut qu’ils grandissent », tacle Wendie Renard. Elle a mûri très vite sous le soleil de Martinique. En débutant à 7 ans dans un club de garçons. « Ça joue plus vite, il y a plus de duels, il faut aller au contact, ça m’a endurcie. » Vite repérée pour ses capacités techniques et physiques, elle intègre à 16 ans le centre de formation de l’Olympique lyonnais. Les premières semaines loin de la mer des Antilles sont un peu rudes. « Mais j’étais heureuse de faire ce dont j’avais toujours rêvé. Il faut avancer, faire des choix, même si c’est risqué. » Depuis juillet 2007, Wendie Renard fait partie de l’équipe professionnelle de l’OL. À son poste d’arrière central, elle rassure ses coéquipières. À la fois guerrière et sereine, elle s’affole rarement. Et marque des buts. Elle les dédie à son père, décédé lorsqu’elle était encore enfant. Mais Wendie ne s’apitoie pas sur le passé ni sur elle-même. Elle a parfois du mal à comprendre que l’on baisse les bras. « Quand on veut avoir quelque chose, il faut le mériter. Il faut bosser… Ma mère a été dure avec nous, ses cinq enfants, parce que ma mamie était dure avec elle. Mais j’en suis très heureuse aujourd’hui. » Élisabeth Chambard REPÈRES• 20 juillet 1990 : Wendie naît à Schœlcher (Martinique).• 1997 : débuts dans le foot à l’Essor Préchotain, dans une équipe de garçons.• 2006 : départ pour l’OL ; elle est repérée par Farid Benstiti, alors entraîneur de l’équipe féminine.• Juillet 2007 : intégration dans l’équipe pro.• Octobre 2007 : sélection en équipe de France des moins de 19 ans.• De 2007 à 2009 : championnat d’Europe des moins de 19 ans, puis Coupe du monde des moins de 20 ans. Wendie remporte le Championnat de France tous les ans depuis 2007.• Mars 2011 : entrée dans la sélection A de l’équipe de France. Premier match face à la Suisse, victoire 2-0.• Mai 2011 : finale de la Ligue des champions UEFA, victoire 2-0 contre Postdam avec un nouvel entraîneur, Patrice Lair.• Fin de saison 2012 : triplé avec la Coupe de France, le Championnat et la Ligue des champions.• Juillet 2012 : départ pour les JO de Londres. Paul Morlet a eu l’idée de créer des lunettes avec des verres personnalisables. À 22 ans, il est à la tête d’une entreprise de dix personnes. I l a la décontraction des vieux pros aguerris. Un aplombtranquille. Mais pas encore la grosse tête. Il pourrait. À 22 ans, le Lyonnais Paul Morlet a fondé une entreprise et embauché dix personnes. Il dirige depuis deux ans Lulu Frenchie, qui crée des lunettes personnalisables grâce à un film micro-perforé collé sur les verres. Il en a eu l’idée en regardant à la télévision des joueurs de poker s’affronter. « Il y a de la publicité partout, en haut, en bas, sur leurs vêtements. Mais rien sur leurs lunettes noires. » Il investit alors ses 5 000 euros d’économies, achète des montures en Chine et lance sur le marché des lunettes personnalisables à l’infini. Succès garanti auprès des entreprises de communication, clubs de sports et organisateurs d’événements festifs. Sur son bureau trône l’une de ses dernières créations, la lunette PSG aux couleurs du club de football parisien. « Je suis un fabricant de lunettes, insiste Paul Morlet. Ici on dessine les modèles, on choisit le verre, la couleur, on peut réaliser une paire ou 100 ou 3 000, on innove tous les jours et ça marche : on vend 250 000 paires par an. On est présents en Angleterre, en Espagne, en Allemagne. » Le tableau n’a pas toujours été idyllique, les débuts peuplés de nuits blanches passées à coller, emballer, expédier. Petit à petit, l’équipe s’est étoffée, le patron a appris à recruter « des gens qui ont envie, veulent se donner ». Rien ne destinait Paul Morlet à ce rôle de chef d’entreprise. Né dans une famille très modeste, il démarre les petits boulots à 13 ans. Il donne des cours d’informatique à 16. « Les études, c’était pas mon truc. J’ai eu un BEP d’électricien, puis un BEP et un bac Jeune, boss et branché pro en alternance. Puis j’ai travaillé dans la communication, une coquille vide. Ce qui me plaît aujourd’hui, c’est la technique. J’adore aller dans les usines, suivre la fabrication de nos modèles. » D’ici deux ou trois ans, il devra trouver une autre idée, innover pour continuer l’aventure. Il n’envie pas les jeunes de son âge qui engrangent les diplômes pour repousser l’entrée dans le monde du travail. « Il faut arrêter de faire croire qu’en empilant les masters, on trouvera plus facilement… Je n’ai pas de message pour eux. Certains ont un confort que je n’ai pas eu. Ce qui compte dans la vie, c’est de se réaliser. J’ai pris un risque. Mais chaque matin, quand je me lève, je sais que ma journée va être excitante. » E. Ch. w www.lulufrenchie.fr



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