[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°23 déc 11/jan-fév 2012
[Rhône-Alpes] Rhône-Alpes n°23 déc 11/jan-fév 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de déc 11/jan-fév 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Conseil Régional de Rhône-Alpes

  • Format : (275 x 355) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : énergie... le virage est pris.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 AhânEAIpeF, N°23/HIVER 2011 Les énergies qui font débat la région dit « non » « L’exploitation du gaz de schiste est inutile, coûteuse et dangereuse », a résumé Michèle Eybalin, présidente de la commission environnement santé à la Région. Elle a proposé à l’assemblée, de dire non à toute recherche et exploitation du gaz de schiste. À une très large majorité, le Conseil régional a décidé de s’opposer à ces opérations. Dès octobre 2010, la Région a été la première à prendre position et à réclamer un débat public. « Il faut lever la chape de plombet qu’un véritable débat énergétique soit organisé dans le pays », a souligné Benoît Leclair, viceprésident à l’énergie et au climat. En juillet, lors d’un débat régional en présence d’experts, d’acteurs économiques, d’élus et de représentants d’associations, la Région a réaffirmé sa demande de voir l’État s’engager au plus vite dans un débat public national. Début octobre, l’abrogation de trois permis de recherche, dont ceux de Villeneuve-de- Berg en Ardèche et celui de Montélimar, n’a pas clos le dossier puisque 61 autres permis sont encore détenus par les entreprises foreuses.'144. -M1P IMO « Le gaz de schiste, on n’en veut pas ! » Malgré l’abrogation de trois permis d’exploration de gaz de schiste en Ardèche et dans la Drôme, les opposants restent mobilisés. En particulier à Valvignères. Reportage. À Valvignères, le gaz de schiste fait l’unanimité… contre lui. Les habitants de ce village d’Ardèche rivalisent de slogans : « Ici, on mange bien. On boit du vin. On respire bien. Tout gaze. On a besoin de rien », « Si c’est pour le gaz, go home », « Ici, c’est pas l’Amérique. Ni forages, ni fric. » Sur la porte de son caveau, Denis Robert affiche la couleur : « L’Ardèche dit non aux projets d’extraction et d’exploitation de gaz de schiste. » Pour ce viticulteur en conversion bio, la réponse est tranchée : « Le gaz de schiste, on n’en veut pas ! C’est une énergie fossile, alors qu’on espérait, après le protocole de Kyoto et le Grenelle de l’Environnement, qu’on avait tourné cette page pour des énergies renouvelables. » En apprenant le 20 octobre 2010 les projets de GDF Suez sur sa commune, le maire de Valvignères, Jacques Lebrat, s’est souvenu qu’enfant il avait vu une torchère brûler pendant neuf mois, entre septembre 1963 et mai 1964. Des forages effectués jusqu’à 4 600 m de profondeur avaient alors alimenté les conversations au village. La société nationale des pétroles d’Aquitaine avait fini par plier bagage, faute d’avoir trouvé un gisement de pétrole, mais un peu de gaz. Aussitôt informé de ce nouveau projet d’exploration par fracturation hydraulique, Jacques Lebrat s’alarme du millier de rotations de camions nécessaires pour chaque forage, Gaz de schiste : zoom sur la technique d'exploitation 1 L’extraction du gaz de schiste 3 De l’eau, du sable et des adjuvants nécessite le forage d’une centaine chimiques sont injectés à très forte de puits. pression pour créer des microfissures. 2 1 puits = 500 à 1000 camions, 4 Le gaz remonte avec une partie du à raison de 2 allers-retours par jour liquide de fracturation. sur une période de 15 jours. 5 Le liquide de fracturation très J. toxique doit être traité dans des 1 stations dédiées. 2 4 5 3 Le 26 février, 17 000 personnes ont manifesté à Villeneuve-de-Berg, commune où a été accordé l’un des permis de recherche… abrogé début octobre. faute de ressource en eau suffisante. Il prend un arrêté interdisant toute prospection et exploitation de gaz de schiste sur sa commune : un permis avait été délivré à Schuepbach Energy LLC associé à GDF Suez sur un territoire de 931 km 2 autour de Villeneuve-de-Berg. Le collectif ardéchois a musclé son argumentaire Face aux menées de cette compagnie américaine et de Total, titulaire d’un autre permis dans le secteur de Montélimar englobant Valvignères, la mobilisation est allée crescendo. Le 26 février 2011, l’Ardèche a connu l’une de ses plus importantes manifestations. 17 000 personnes ont clamé leur opposition au gaz de schiste à Villeneuve-de-Berg. Le collectif ardéchois s’est démultiplié pour muscler son argumentaire et organiser des réunions d’information. Des dépliants en quatre langues ont été diffusés auprès des touristes. « On est même surpris par le montant des dons collectés, 15 000 euros en neuf mois », souligne Yan Chauwin, cheville ouvrière de cette mobilisation, directeur de la Frapna 07. À Valvignères, l’association locale, forte de 250 membres, continue à se réunir. « Plus on se renseigne, plus on se rend compte que le gaz et les huiles de schiste sont néfastes », s’inquiète Denis Robert qui, lors de sa tournée d’automne, n’a pas manqué d’emporter des tracts chez ses clients belges, allemands, danois. Vincent Charbonnier Tout sur le gaz de schiste Qu’est-ce que le gaz et les huiles de schiste, comment sont-ils exploités, quels sont les secteurs concernés, les avis des experts, des élus, des foreurs, des associations sur le sujet : la synthèse du débat organisé fin juin au Conseil régional Rhône-Alpes est disponible sur le site de la Région. w www.gazdeschiste.rhonealpes.fr Didier Roche GÉRARD LERAS, conseiller spécial à la politique foncière Des sols préservés pour l’agriculture J’ai participé à la mobilisation contre l’exploration des gaz de schiste. J’étais à la manifestation de Villeneuve-de- Berg, qui a montré l’opposition résolue des habitants. La décision du gouvernement d’abroger le 3 octobre trois permis de recherche dans la région est une victoire. Encore faut-il que le massacre envisagé soit stoppé partout, pas seulement sur les six sites du Sud-Est. La préservation des sols est une question majeure, en particulier pour les fonctions agricoles et nourricières. La Région s’y implique et c’est le sens de ma délégation. Nous venons d’adopter une délibération pour cadrer notre stratégie foncière : elle inscrit la préservation des espaces fonciers naturels pour y développer des projets agricoles ambitieux. Notre premier objectif est d’augmenter le nombre d’exploitations agricoles. Cela passe par le maintien et la sécurisation des filières existantes mais aussi, en collaboration avec les collectivités locales, par la mobilisation du foncier bâti et des terrains nécessaires à des installations de type nouveau, consommant moins d’espace et recherchant une plus grande valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de nier la nécessité de répondre aux besoins urbains mais le foncier disponible doit être recherché à l’intérieur des zones urbaines. Dès le 1er janvier, la Région aidera les collectivités à acquérir les terrains nécessaires à ces fins.
N°23/HIVER 2011 15 Le nucléaire a-t-il un avenir après Fukushima ? Le 11 mars 2011, la centrale nucléaire de Fukushima- Daiichi échappe au contrôle de son exploitant, après le tremblement de terre et le tsunami qui viennent de frapper le Japon. Vingt-cinq ans après Tchernobyl, la question de la sûreté du nucléaire revient au premier plan. En Rhône- Alpes, où l’on compte 14 réacteurs et le parc nucléaire le plus important de France, la question est sensible. Faut-il renoncer au nucléaire ou prendre le risque ? Deux experts donnent leur point de vue. Propos recueillis par Florence Roux Dagneux Le Bugey EDF IONISOS RHÔNE LOIRE Lyon Creys-Malville Vienne EDF ISERE St-Etienne St-Alban Veurey EDF SICN ARDECHE Valence Montélimar AIN Bourg-en-Bresse Romans FBFC DRÔME Cruas COGEMA EDF COMURHEX EURODIF Site du SOCATRI Tricastin BCOT EDF Annecy Chambery CEA ILL Grenoble Genève CERN HAUTE-SAVOIE SAVOIE CENTRALES nucléaires AUTRE activité nucléaire RECHERCHE nucléaire Les implantations de centrales nucléaires en Rhône-Alpes (Source : ASN, Autorité de sûreté nucléaire). « Oui, en sortir c’est augmenter le CO 2 » Polytechnicien, auteur du bilan carbone pour l’Ademe, fondateur du cabinet Carbone4, Jean-Marc Jancovici prône les économies d’énergie et le nucléaire pour contrer l’effet de serre et le réchauffement climatique. Qu’est ce qui a changé depuis Fukushima ? Il y a bien plus de peur que de mal ! Il n’y a eu que deux morts sur le site de Fukushima, et rien ailleurs. Le tremblement de terre et le tsunami ont tué 20 000 Japonais, pas les radiations. Ce qui a changé, en France, c’est que le nucléaire est devenu le chiffon rouge qu’on agite pour se faire peur, dans un débat où peu de gens comprennent de quoi ils parlent. L’autre conséquence est qu’on a relégué au second plan le problème des énergies fossiles. Or les stocks s’épuisent, le pic pétrolier est en cours, le pic gazier approche. Et leur utilisation produit la majeure partie du CO 2 responsable de l’effet de serre et du réchauffement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre d’un Français moyen ont crû de 13% en vingt ans. Il y a aujourd’hui urgence à s’engager dans un programme de reconversion énergétique pour diviser par quatre la consommation d’hydrocarbures d’ici à 2050. Et que préconisez-vous ? Il faut changer notre manière de vivre, économiser l’énergie en augmentant son prix et raisonner par objectifs, de l’urbanisme à la réorganisation industrielle. Il n’est hélas pas envisageable de faire face à ce défi avec les seules énergies renouvelables : elles partent de trop bas. Même pour l’hydraulique, qui fournit 12% de l’électricité en France, il paraît difficile de multiplier par cinq ou six les installations. L’éolien, quant à lui, ne représente que 2% de notre électricité. Il est quatre fois moins productif que le nucléaire par kW installé, et coûte plus cher, comme le photovoltaïque, d’ailleurs. Renoncer à l’atome, qui n’émet pas de CO 2, créera plus de risques que cela n’en supprimera. Considérez-vous le nucléaire comme une énergie propre ? Il n’y a pas d’énergie propre, ni sale, verte ou bleue. Il importe d’abord de savoir si l’usage du nucléaire permet d’éviter des risques plus grands. Ce qui est le cas, comparé aux énergies fossiles. Les mines de charbon tuent 5 000 à 10 000 personnes par an, sans parler de la pollution ou du CO 2. On ne peut exclure qu’il y ait un jour un accident nucléaire, mais il aurait une moindre portée que le réchauffement climatique. Et avec quelle énergie sort-on du nucléaire ? Les Allemands, par exemple, vont essentiellement le remplacer par du charbon et du gaz. w Plus d’infos : www.carbone4.com Sûreté nucléaire : la Région veut être associée Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, le Conseil régional Rhône-Alpes a demandé à être associé à l’audit de contrôle mené par l’Autorité de sûreté nucléaire sur les centrales françaises. Vétusté des installations, risques et incidents déjà répertoriés, recours à la sous-traitance, gouvernance locale des installations, tous ces points doivent faire l’objet d’une information complète. La Région demande que l’État impose la fermeture de centrales mises en cause et la remise à niveau maximum de celles présentant une défectuosité. Enfin, les élus souhaitent aussi que l’État mette en place des plans de prévention des risques et que les résultats de l’audit soient intégrés au Schéma régional climat, air, énergie en cours d’élaboration. « Non, c’est un pari inutile » L’ingénieur énergéticien Thierry Salomon et l’association négaWatt, qu’il préside, proposent un scénario qui mise sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables et abandonne le nucléaire d’ici à 2033. Qu’est ce qui a changé depuis Fukushima ? Depuis le 11 mars 2011, le Japon vit une catastrophe écologique et humaine, avec une contamination diffuse et une partie du territoire gelé pour des décennies. Réduire cette catastrophe à un simple « accident industriel » est éthiquement inadmissible. En France, où 78% de l’électricité provient du nucléaire, Fukushima a au moins permis – enfin ! – que la discussion sur l’avenir du nucléaire ne soit plus un tabou. Préconisez-vous de sortir du nucléaire ? Oui. Au sein de négaWatt, une vingtaine d’experts ont élaboré un scénario de transition énergétique qui vise à limiter le risque climatique et notre dépendance aux énergies fossiles. Mais il propose aussi d’abandonner le nucléaire en arrêtant d’abord les réacteurs présentant le plus de risques, puis en programmant les fermetures de centrales de manière progressive jusqu’en 2033. Y a-t-il autant de risques en France, dans notre région en particulier ? En France, nous avons 58 réacteurs comparables à ceux du Japon. Rhône-Alpes ne peut exclure un risque sismique, et avoir une centrale comme celle du Bugey à 35 km de Lyon accroît les risques. En France, nous avons déjà été quatre fois en situation critique. Comme à la centrale du Blayais, en Gironde, lors de la tempête de fin 1999 : après une inondation, on était à quelques heures d’un risque de début de fusion du cœur et de l’évacuation de Bordeaux. Miser sur le nucléaire est un pari inutile. D’autant plus que cette énergie est marginale : elle ne produit que 2,4% de la consommation finale d’énergie dans le monde. Et par quoi remplace-t-on le pétrole et le nucléaire ? Notre scénario mise sur la sobriété et l’efficacité énergétiques, grâce auxquelles il est possible de réduire de 65% notre consommation d’ici à 2050. Rien qu’avec des bâtiments moins énergivores, on peut économiser 600 milliards de kWh, soit l’équivalent d’une fois et demie la production du parc nucléaire français. En parallèle, il faut recourir massivement aux énergies renouvelables. Et la France, Rhône-Alpes en particulier, les possède toutes : l’hydraulique, l’éolien, la biomasse, le solaire. Le scénario négaWatt prévoit que 91% de notre énergie pourra provenir des renouvelables en 2050. w Plus d’infos : www.negawatt.org



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