[90] Vivre le Territoire n°84 mai/jun 2007
[90] Vivre le Territoire n°84 mai/jun 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°84 de mai/jun 2007

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Territoire de Belfort

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,0 Mo

  • Dans ce numéro : un dossier sur les « Eurockéenes ».

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 36 - 37  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
36 37
MÉMOIRE EN SAVOIR PLUS Archives départementales du Territoire de Belfort, sous-séries 1 0 et 2 0 (affaires communales) ; série E-dépôt, sous-série M (archives communales déposées, bâtiments) ; série V (cultes) JARRASSE Dominique, Une histoire des synagogues françaises, Actes Sud, 1997. LENIAUD Jean-Michel, L’Administration des cultes pendant la période concordataire, Paris, NEL, 1988. LOYER François, Histoire de l’architecture française. De la Révolution à nos jours., Paris, Mengès/Caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1999. ARCHITECTURE Diogène Poisat, architecte œcuménique La synagogue de Belfort fête cette année son 150 e anniversaire. Son auteur est peu connu. Diogène Poisat a pourtant été l'un des architectes les plus prolifiques de la région de Belfort et du sud de l'Alsace entre 1840 et la fin des années 1860. Il a construit des églises jusque dans le canton de Berne, à Saint-Imier. Le père de Diogène Poisat, Louis, est né en 1790. Issu d’une famille de maçons, il a exercé la profession d’écrivain public avant d’intégrer l’administration des Ponts et Chaussées et d’occuper le poste d’agent voyer de l’arrondissement de Belfort. Comme beaucoup de ses confrères, il ne s’est pas limité aux chantiers d’infrastructure routière et a répondu à des commandes d’architecture publique. De son mariage, il a eu quatre enfants, tous prénommés d’après l’histoire grecque : Diogène, Hercule, Nestor et Aristide. Alors que Nestor et Hercule ont choisi le métier des armes, Diogène et Aristide, nés en 1808 et 1810, ont embrassé la carrière d’architecte. Les archives ne permettent pas d’indiquer précisément quelle formation ils ont reçue, mais une bonne part de leur apprentissage a dû se faire auprès de leur père. Ils ont travaillé ensemble ou séparément jusqu’en 1864, date à laquelle Diogène, frappé par la maladie, s’est retiré des affaires. Il a vécu de ses rentes jusqu’en 1881, laissant Aristide reprendre à son compte la plupart de ses commandes.
Du néo-gothique au néo-roman En 1837, Diogène Poisat se voit confier son premier chantier important : l’extension de l’hôpital civil de Belfort. Il reçoit de nombreuses commandes pour des écoles comme celle de Vézelois en 1842, mais sa spécialité consiste à restaurer et construire des églises. Le mariage de sa fille unique avec le banquier François-Joseph Haas, grande figure du parti clérical, témoigne de son ancrage dans le milieu catholique local. Diogène Poisat intervient souvent pour rétablir la couverture de la nef ou du clocher. Mais il a aussi l’occasion d’édifier des églises nouvelles dans des villages où l’augmentation du nombre de paroissiens et la prospérité économique le permettent. Il pratique une architecture historiciste ressuscitant et mélangeant les styles du passé. Il utilise en priorité le gothique, qu’il identifie comme étant « le style essentiellement chrétien, adapté aux exigences du climat, aux diverses natures des matériaux de la contrée et qui répond complètement au sentiment religieux des peuples occidentaux ». Les principales créations néo-gothiques de Diogène Poisat dans le Territoire de Belfort sont les églises de Bavilliers (1846-1850), de Vézelois (1849-1852), de Réchésy (1850-1860), de Rougemontle-Château (1853-1868) et de Giromagny (1857-1862). Elles présentent des caractères communs. Le dessin des chapiteaux et des colonnes s’inspire du XIII e siècle. La couverture de la flèche est interrompue à sa base par de grands gâbles pointus et une rangée de gargouilles. L’ornementation est réduite et concentrée autour du portail central, surmonté par un fronton formant un triangle très aigu. Un soin particulier est apporté aux ouvrages de menuiserie et de serrurerie, telles les portes extérieures en chêne, dotées de ferrures dessinées par l’architecte. L’exécution de la décoration intérieure est confiée à des artisans locaux, comme le sculpteur Auguste Meigret, associé à de nombreux chantiers. Dans l’œuvre de Diogène Poisat, l’église de Grandvillars fait figure d’exception « » Dans l’œuvre de Diogène Poisat, l’église de Grandvillars fait figure d’exception. Il y a opté pour le style roman : trois niveaux d’arcatures aveugles et de niches décoratives rythment la façade qui est cantonnée par deux avant-corps pentagonaux. Le répertoire décoratif rappelle les églises romanes d’Alsace, mais la physionomie générale de l’édifice évoque plutôt l’Italie. La synagogue de Belfort La communauté juive avait déjà un lieu de culte au début du XIX e siècle, à proximité immédiate de l’actuel fort Hatry. En 1852, l’extension de la caserne de cavalerie impose de trouver un nouvel emplacement. Un jardin à l’arrière du faubourg de France est acheté. Dans ce quartier encore très champêtre, les dons des fidèles et l’aide de l’État permettent d’élever une synagogue sous la direction de Diogène Poisat et d’un architecte parisien, Léon Jossier, auteur de plusieurs temples protestants dans l’ouest de la France, qui a dû batailler pour que sa participation soit reconnue dans le projet de Belfort. Le spécialiste de l’architecture des synagogues, Dominique Jarrassé, voit dans celle de Belfort une des premières expressions en France de tendances orientalistes. Dans ses grandes lignes, l’édifice reste fidèle au style roman et présente quelques similitudes avec l’église de Grandvillars, mais les motifs d’entrelacs disposés sur la façade et sous les ouvertures, les chapiteaux cubiques décorés de rinceaux à l’intérieur et les deux coupoles encadrant l’entrée font penser à l’Orient. Le Journal de Belfort et du Haut-Rhin insiste sur ce point lors de l’inauguration de 1857 : « le bâtiment est aussi remarquable par son extérieur que par sa disposition intérieure. Il est en style rappelant l’architecture de la Palestine et l’origine orientale des israélites. Son entrée comprend deux pavillons couronnés de coupoles, entre lesquels est placé le vestibule. L’intérieur, disposé suivant le rite mosaïque, qui proscrit l’usage des figures et des emblèmes matériels, est garni de colonnes supportant le gynécée ou galerie des femmes. Le tabernacle, où la décoration est la plus riche, est dans le même style, ainsi que les bancs, pupitres et stalles ». La brillante carrière de Diogène Poisat peut être rapprochée de celle d’un autre architecte « œcuménique », son contemporain Jean-Baptiste Schacre, natif de Delle, auteur de la synagogue et du temple Saint-Etienne de Mulhouse Xavier Laurent LE MAGAZINE DU CONSEIL GÉNÉRAL DU TERRITOIRE DE BELFORT VIVRE LE TERRITOIRE N°84 29 mémoire Page de gauche : L’église Saint-Martin de Grandvillars Ci contre, à gauche : La synagogue de Belfort à droite : Le clocher de l’église de Réchésy Contact Archives départementales 4 rue de l’Ancien théâtre 90000 Belfort Tel : 03 84 90 92 00 Courriel : xavier.laurent@cg90.fr



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :