[90] Vivre le Territoire n°81 nov/déc 2006
[90] Vivre le Territoire n°81 nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°81 de nov/déc 2006

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Territoire de Belfort

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : en se fixant des objectifs particulièrement ambitieux, le Conseil général fait du Territoire de Belfort un département pionnier dans le domaine de l’eau.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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émoirele magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Lorsque la route était une corvée Jusqu’à la fin du XVIII e, les habitants des villages du Territoire devaient s’acquitter de la corvée. Une corvée mise en place pour assurer l’entretien et la construction des routes. La réalisation de la route du Ballon d’Alsace fut ainsi lancée dès 1753. Carte de délimitation des corvées sur la route de besançon. (Archives du Haut-Rhin C 1214) Après l’intégration de l’Alsace (et donc de l’actuel Territoire) dans le royaume de France, l’administration de la province se calque sur le système français. Mais pour qu’un véritable service des Ponts et Chaussées voit le jour en Alsace, il faut attendre jusqu’en 1716. Ce service est directement rattaché à l’intendant de la province qui réside à Strasbourg. Au cours du XVIII e siècle, le plus actif des quatre directeurs des Ponts et Chaussées qui se succèdent à Strasbourg est Jean-Baptiste Frot de Clinchamp de 1745 à 1784. Comme dans toutes les subdélégations de la province, un ingénieur est nommé à Belfort pour superviser les travaux décidés par le directeur et l’intendant. Le plus connu est Pierre Léon Strolz. Né en 1727, conducteur des travaux dès 1750, il est promu inspecteur particulier en 1764 et reste en poste jusqu’en 1787. Corvéables à merci Pour la construction et l’entretien des routes, il était d’usage immémorial dans la province d’Alsace d’utiliser la corvée et l’administration française n’est pas revenue sur cette pratique. Chaque année, les routes doivent être rechargées en graviers aux endroits où le gel et les convois trop lourds ont causé des dégâts. Pour faciliter ces travaux, chaque grande route est découpée en canton de 1 500 à 3 000 toises (2 900 à 5 800 mètres). Chaque canton est attribué à une paroisse qui a la charge de son entretien. Ce canton peut parfois être très éloigné si aucune grande 28 route ne passe sur le territoire de la paroisse. L’organisation pratique du travail et la répartition des tâches entre les habitants d’un village sont à la charge de la communauté. Des dénombrements sont donc régulièrement organisés pour recenser le nombre de piétons (travailleurs manuels sur les chantiers) et de charretiers (qui disposent d’animaux de trait pour le transport des matériaux). Les travaux annuels sont annoncés par l’intendant sous forme d’ordre écrit. L’ingénieur Strolz, ou un de ses assistants, inspecte les chantiers et donne quitus à la communauté si le travail a été correctement effectué. La saison des corvées commence en général au mois d’avril. En 1775, le système des corvées est légèrement modifié. Pour remplacer la corvée, il est permis aux autorités communales d’établir un bail d’entretien des cantons de route avec des entrepreneurs privés. L’entrepreneur prend à sa charge les travaux et le salaire d’un cantonnier qui doit parcourir quotidiennement son canton et remédier aux trous et dégâts légers, contre le versement d’une somme d’argent. La route du Ballon d’Alsace Le projet le plus ambitieux du XVIII e siècle en matière de routes dans la subdélégation de Belfort est la construction d’une route sur le Ballon d’Alsace. L’idée est venue de la demande des habitants de Saint Maurice dans les Vosges, gênés de devoir passer par le col de Bussang pour faire commerce avec la Suisse. vivre le Territoire - novembre/décembre 2006 - n o 81
le magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Convocation des corvéables d'Auxelles-Bas En août 1751, le directeur des Ponts et Chaussées de l’intendance d’Alsace, J.B. de Clinchamp monte au sommet du Ballon pour évaluer la faisabilité d’une telle route. Son rapport énumère les avantages que le commerce des grains et du sel lorrain vers la Suisse pourrait y gagner. Il soulève toutefois quelques difficultés matérielles : rochers à faire sauter, nombreux ruisseaux à franchir. La décision d’entreprendre la route ne tarde pas, et dès 1753 les travaux débutent grâce aux corvées. Le couronnement de ces travaux est marqué par la construction, en 1756, d’une coûteuse fontaine monumentale, située juste au pied de la source de la Savoureuse, avec à ses côtés la maison du garde cantonnier. Cette première route est améliorée par un élargissement de la chaussée. La fontaine, endommagée par le gel dès 1758, est reconstruite en 1761. Il n’est cependant pas tenu compte des projets somptuaires qui auraient fait de cette fontaine l’élément décoratif d’une vaste esplanade encadrée d’une colonnade destinée à marquer la frontière entre la Lorraine et l’Alsace. De 1780 à 1784, d’importantes campagnes de reprises sont menées pour adoucir les pentes et rectifier les virages. vivre le Territoire - novembre/décembre 2006 - n o 81 L’utilisation de la corvée pour ces travaux débouche sur une polémique dès la fin des travaux entre plusieurs voyageurs érudits qui s’interrogent sur l’utilité de cette route. Le marquis de Pesay, en 1771, est ébloui par la qualité des travaux, mais il en conteste l’utilité économique. Selon lui, le trafic marchand est très faible en raison de la fermeture de la route durant l’hiver. Il estime que l’économie réalisée pour le convoyage du sel lorrain est dérisoire par rapport au coût de la corvée pour la construction et l’entretien de la route. En effet, la corvée retire des champs et des travaux agricoles les paysans au moment des récoltes. De la corvée à l’impôt Ce système a laissé de nombreuses traces dans les archives communales. Dans les archives d’Auxelles-Bas, par exemple, se trouvent les ordres de l’intendant en 1786 pour aller répandre une couche de gravier de roulage sur une portion de la route de Belfort à Paris (l’actuelle RN 19). Dans les archives de Grosmagny se trouve encore un document recensant les chefs de famille du village en 1786, selon leurs capacités pour les corvées d’entretien des routes. Ceux qui possèdent des animaux de trait sont requis pour assurer le transport des matériaux, les autres pour le travail manuel. Régulièrement ces listes sont mises à jour pour tenir compte des possibilités des familles. En 1786, la corvée est supprimée pour une période d’essai de trois ans et remplacée par une prestation en argent que doivent verser les communautés. Cette réforme est très vite contestée par les villes et villages qui protestent tous face à la lourdeur de cette imposition nouvelle. Le calcul de l’intendant pour fixer la valeur de l’ancienne prestation en nature est jugé très supérieur à ce que coûtait la corvée. Les communautés réclament le retour à la corvée qui avait prouvé son efficacité. La Révolution met un terme définitif au débat. Pourtant à la Restauration, la loi sur les chemins vicinaux de 1836 précise que l’entretien fait partie intégrante des dépenses ordinaires des communes. Les municipalités mettent alors en place une imposition particulière qui peut encore être versée en journée de travail ou en argent. Les contribuables choisissent tous le paiement en argent. Dans les grandes villes, les frais sont couverts par une augmentation des taxes d’octroi. J.C.T. Contact 3 Jean-Christophe Tamborini Adjoint au directeur des Archives départementales 4 rue de l’ancien théâtre 90000 Belfort Tél. 03 84 90 92 00 Pour en savoir plus… 3 BRAUN Jean, Histoire des routes en Alsace des origines à nos jours, Association des publications près les Universités de Strasbourg, 2 e édition, 1988. 3 PEZAY Alexandre, marquis de, Les soirées helvétiennes, alsaciennes et fran-comtoises, Amsterdam, 1771. Voyage de Guibert dans diverses parties de la France et en Suisse, Paris, 1806. 3 WERNER Robert, Les Ponts et Chaussées d’Alsace au XVIII e siècle, Strasbourg, 1929. mémoire « Chemin faisant », la route et le rail du XVIII e siècle à nos jours Les archives départementales vous invitent à découvrir à travers une exposition et des conférences l’évolution des infrastructures routières et ferroviaires qu’a connue le département au cours des quatre siècles derniers. Exposition visible du lundi au vendredi de 8h30 à 12h et de 14h à 17h45 ainsi que le samedi 2 décembre de 14h à 17h30. 29



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