[90] Vivre le Territoire n°80 sep/oct 2006
[90] Vivre le Territoire n°80 sep/oct 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°80 de sep/oct 2006

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Territoire de Belfort

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : un dossier sur les investissements du Conseil Général dans les collèges.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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émoirele magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Quand le Territoire de Belfort avait l’âme slave… Entre les deux guerres mondiales, des émigrés venus de Russie, d’Ukraine et des pays Baltes se sont fixés dans le Territoire de Belfort où ils ont trouvé un refuge, un emploi, et finalement un pays d’adoption. En 1917, l’empire russe, engagé dans la Première Guerre mondiale aux côtés de la France, est ébranlé par deux révolutions. La première instaure la République ; la seconde voit le triomphe des bolcheviks et conduit au retrait de la Russie des combats. Favorable autsar Nicolas II ou aux républicains modérés, hostile au traité de paix signé avec l’Allemagne, une partie de l’armée et de la population se révolte. Ces Russes blancs sont écrasés par l’armée rouge en novembre 1920. Le général Wrangel, leur dernier commandant, évacue la Crimée par bateau. Débarqués à Constantinople et dans des îles grecques, les exilés russes sont ensuite déplacés vers l'Europe de l'est. Ils sont 750 000 à la recherche d’un asile. La Société des Nations charge Fridtjof Nansen, célèbre explorateur polaire et héros national norvégien, devenu spécialiste des opérations humanitaires, de trouver une solution. Nansen crée le Haut commissariat pour les réfugiés en 1921 28 et fait adopter le principe d’un titre de voyage international pour leur permettre de se déplacer. Munis d’un « passeport Nansen », près de 70 000 Russes optent pour l’entrée en France, pays dont ils parlent souvent la langue. Leur arrivée dans le Territoire de Belfort s’effectue avec un certain retard par rapport à la fin de la guerre civile. Les réfugiés demeurent au moins trois ou quatre ans en Europe orientale avant d’émigrer plus à l’ouest, sans doute dans l’attente d’un retournement de la situation politique dans leur pays, peut-être aussi du fait des autorités françaises qui leur ouvrent timidement les bras. En avril 1923, la Préfecture comptabilise 58 Russes à Belfort. Parmi ces premiers arrivants se trouvent des membres du corps expéditionnaire russe qui ont combattu sur le front français pendant la Première Guerre mondiale. C’est le cas de Daniel Gretchkossey, installé comme commerçant à Delle après vivre le Territoire - septembre/octobre 2006 - n o 80
le magazine du Conseil général du Territoire de Belfort trois ans de vie militaire en Champagne et dans les Vosges. Les entrées les plus nombreuses sont enregistrées entre 1924 et 1930. En 1926, un rapport de police fait état de 483 Russes vivant dans le Territoire de Belfort. Le recensement de 1931 en dénombre 350. L’imprécision des chiffres tient à l’extrême mobilité de cette population : les Russes blancs sont en majorité des hommes, célibataires, âgés de 30 à 40 ans, qui doivent se déplacer fréquemment pour trouver un emploi. Les statistiques n’en font pas moins apparaître un net renversement de tendance au début des années 1930 : le Territoire de Belfort cesse d’être attractif en même temps que la France s’enfonce dans la crise économique. En 1937, la colonie est ramenée à 232 membres sans que les naturalisations puissent à elles seules expliquer la baisse des effectifs. Le chômage a provoqué des départs. La majorité des hommes travaille pour la Société alsacienne de construction mécanique, devenue Alsthom en 1929, et pour Peugeot, qui suscite également l’installation d’immigrés russes à Sochaux et Montbéliard. Une vingtaine de travailleurs est entrée en France avec des contrats signés par les établissements Japy ou par la société industrielle de Delle. Les femmes exercent le plus souvent dans le textile. À Belfort, les Russes se fixent dans les quartiers populaires ouverts aux immigrés et proches des usines. Le faubourg des Vosges est leur lieu de résidence privilégié. Une vie associative intense témoigne du dynamisme de la communauté. Il existe une cantine russe au 70, rue Croix du Tilleul, une société d’entraide, une chorale russe et un cercle de la jeunesse russe. Le peintre Basile Netschitaïlov expose régulièrement à la Salle des fêtes ou à l’Hôtel de ville. Des tensions sont perceptibles à l’intérieur de la diaspora. En 1927, l’union de rapatriement, soutenue par l’Union soviétique, crée sa section belfortaine. vivre le Territoire - septembre/octobre 2006 - n o 80 Son but est de faciliter le retour vers la mère patrie mais elle n’obtient guère de succès, si ce n’est auprès de ses membres fondateurs. A l’inverse, le cercle de la jeunesse russe prévoit dans ses statuts que « tous les Russes de moins de 40 ans peuvent être membres actifs, sauf les bolchevistes ». Les réseaux de solidarité existants ne suffisent pas à apaiser les douleurs de l’exil. Le 15 mai 1928, Georges Gosniersky, manœuvre à la SACM, domicilié rue de Brasse, se suicide d’une balle dans la tête. L’Alsace rapporte qu’il a commis ce geste pour ne pas survivre à son ancien chef, le général Wrangel décédé quelques semaines auparavant. La Frontière ajoute qu’avant de mourir, il avait écrit une quinzaine de lettres, placé sur sa table les portraits dutsar, de sa mère et de plusieurs généraux russes et avait revêtu son uniforme militaire. Avant la Seconde Guerre mondiale, les naturalisations restent rares. Elles bénéficient principalement aux Russes qui se sont mariés à une Française et à ceux qui occupent des emplois très qualifiés dans l’industrie. Georges Kouskoff, ingénieur diplômé de l’école électrotechnique de Nancy et de l’école supérieure d’électricité de Paris, recommandé par ses employeurs de l’usine Alsthom, en bénéficie dès 1935. La deuxième génération de Russes blancs, qui a grandi ou est née à Belfort, acquiert plus facilement la nationalité française. Avec la disparition des réfugiés, la communauté perd de son identité. Pour retrouver un peu de l’âme russe à Belfort, il faut se rendre au 15, rue du Berger. La chapelle, où se célèbre toujours le culte orthodoxe, a été consacrée en 1994. Elle a succédé à des lieux de prière plus informels où se réunissaient les émigrés russes. Dès 1927, l’association cultuelle orthodoxe russe s’assemblait rue du Lavoir, autour du prêtre Andronik Elpidinsky. Elie Melia pendant la Seconde Guerre mondiale, puis Eugène Popoff de 1946 à 1983, ont installé la paroisse de la Résurrection rue du Berger et l’ont ouvert aux nouveaux immigrants, en particulier aux Serbes majoritaires parmi les fidèles aujourd’hui.X.L. Contact 3 Archives départementales Xavier Laurent Directeur des Archives départementales 4 rue de l’ancien théâtre - 90000 Belfort Tél. 03 84 90 92 00 Pour en savoir plus… 3 Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°44 (Exilés et réfugiés politique dans la France du XX e siècle), 1996. 3 Archives départementales : 4 M (surveillance des étrangers), 6 M (recensement, dossiers de naturalisation), 8 V (association culturelle), dossiers d’associations de la Préfecture Les Archives départementales sont susceptibles d’accueillir des documents appartenant aux descendants des émigrés russes installés dans le Territoire de Belfort. Faîtes entrer vos souvenirs dans l’histoire ! mémoire Une du Journal de Belfort le 16 janvier 1898 29



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