[90] Vivre le Territoire n°77 fév/mar 2006
[90] Vivre le Territoire n°77 fév/mar 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°77 de fév/mar 2006

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Territoire de Belfort

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : le Conseil Général allie, pour les habitants du Territoire de Belfort, services et proximité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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émoirele magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Le Territoire sous le feu allemand Un canon de 17 m de long bombarde Belfort Février 1916, cela évoque pour beaucoup le début de la bataille de Verdun, lieu d’affrontement bien éloigné du Territoire. Pourtant le département et en particulier la ville de Belfort vont être indirectement touchés par ces combats. Depuis l’offensive à demi réussie en direction de Mulhouse en août 1914, le front militaire s’était stabilisé à quelques kilomètres en avant des limites départementales. Le Territoire avait eu à subir depuis septembre 1914 et surtout au cours de l’année 1915 de nombreux bombardements aériens qui visaient des objectifs militaires mais aussi civils, l’offensive aérienne la plus sérieuse étant le raid du 17 octobre 1915 lorsqu’une dizaine d’avions allemands avaient bombardé la ville de Belfort. Cependant, les autorités militaires ne considérant plus le département comme une zone particulièrement menacée par une offensive ennemie, le 15 août 1915 le général Dubail déclassait la place fortifiée de Belfort et levait l’état de siège. De nombreux Belfortains réfugiés dans l’Ain rentraient alors. Dans le cadre de la préparation d’une grande offensive de rupture du front, l’état-major allemand envisageait deux opérations possibles : une sur le front du côté de Verdun et une tout au sud du front dans les Vosges. C’est l’offensive sur Verdun qui fut retenue mais l’idée de menacer la trouée de Belfort resta d’actualité. Cette attaque sur le front du sud Alsace serait juste une opération de diversion destinée à maintenir des troupes 28 dans ce secteur au moment même où l’opération principale se déroulerait autour de Verdun. Le mardi 8 février 1916 vers 12 h 20, un premier obus de très fort calibre tombe près de Perouse. Il est suivi dans l’après-midi de deux autres, dont un tombe en ville quai Degombert. Le Kronprinz, fils aîné de Guillaume II, est venu tout exprès assister à ce premier tir. Cette chute au bruit assourdissant a brisé les vitres dans un très large secteur. Louis Herbelin note dans ses éphémérides que ce premier bombardement à longue distance a provoqué « une terrible anxiété, les magasins sont fermés ». Les trois jours suivants, 17 autres obus visent la ville et ses environs sans faire de victime. Dans la presse locale, les autorités militaires laissent passer peu d’informations. « La Frontière » du 10 février précise que ce sont des obus de 380, donne les heures des tirs mais en aucun cas les lieux touchés. Le souvenir des heures sombres du siège de 1870-71 ressurgit et la peur s’installe durablement. Le bruit des impacts s’entend jusqu’à Giromagny très distinctement. Une partie de la population évacue la ville, les écoles sont fermées, les hôpitaux militaires transférés, la production de gaz momentanément
le magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Le canon de calibre 380 mm est installé à plus de 30 km de Belfort. arrêtée pour des raisons de sécurité. La sirène de la Société Alsacienne de Construction Mécanique donne l’alerte. Des rumeurs au sujet de ces bombardements se propagent. Louis Herbelin croit savoir qu’il y a deux canons, qu’il va nommer un peu plus tard « Grosse Bertha » et que des espions allemands dissimulés dans Belfort guident les tirs, pourtant fort peu précis. En réalité, il n’y a qu’un seul canon qui n’est pas du modèle de la « Grosse Bertha » et il n’y a aucun guidage depuis le sol. Ce canon est un KW « Kaiser Wilhelm » de calibre 380 mm, mis au point par les aciéries Kruppen 1914. Il est installé dans la forêt de l’Altenberg au dessus du village de Zillisheim à plus d’une trentaine de km de Belfort. Les travaux d’installation ont débuté le 10 septembre 1915 avec l’aménagement d’une voie de chemin de fer vers la colline. Les travaux de la plateforme s’étalent du 3 octobre au 8 novembre. C’est une cuve de béton semi cylindrique de 11 m de rayon et 4,60 m de profondeur. Sur cette cuve, un canon de 17 m de long est installé, et tout autour un réseau enterré de voie de chemin de fer, de galeries, de magasins, et d’abris permet le bon fonctionnement de l’engin. La portée maximale était de 38 km pour des charges de près de 700 kg. Les premiers tirs en février se révèlent assez peu précis. Les artilleurs allemands ne disposent pas de postes d’observation suffisamment près de Belfort pour être sûr des points de chute et ainsi régler les vivre le Territoire - février/mars 2006 - n o 77 tirs suivants. L’aviation et les ballons captifs sont donc mis à contribution pour permettre un meilleur réglage avec guère plus de réussite. Il n’y a plus aucun tir de la mi-mars au 22 juin, ce qui laisse croire aux Belfortains que le canon a été endommagé par les bombes françaises. Mais il n’en est rien, le 22 juin, deux obus tombent dans les glacis du château. Le 2 juillet, 6 obus frappent le secteur de la gare, arrachant les voies dans la tranchée au pied du fort des Barres, éventrant une maison Faubourg de Paris. Le 23 juillet, sur le quai Vallet, un obus endommage les magasins Alkan. Les derniers tirs ont lieu le 10 octobre, 5 obus visent la ville, un seul frappe le centre, les autres tombent du coté d’Essert et Bavilliers. Ce fut aussi le seul jour où il y eu des morts à déplorer. L’obus qui est tombé face à la gare a détruit le bar Nicolas, tuant le propriétaire Nicolas Sandt, sa femme Augustine et ses deux filles Marcelle et Jeanne qui pourtant s’étaient réfugiés dans la cave de l’immeuble. Là aussi le secret est imposé à la presse qui évoque les obsèques le 13, des quatre victimes civiles « tuées dans la région ». Le préfet, le maire et une foule nombreuse ont accompagné les dépouilles de l’hôpital jusqu’à l’église St Joseph. Le grand canon ne fit plus parler de lui par la suite, et pour cause : à partir du 11 octobre 1916 il a été démonté pour être installé sur un autre secteur du front. Les Belfortains lors des fêtes patriotiques du 17 août 1919 se moquèrent de lui : un des nombreux chars du défilé caricaturait « la Kolossale Bertha » avec un panneau intitulé « beaucoup de bruit pour rien » oubliant les victimes, les dégâts et la panique qu’il avait pourtant causés. Aujourd’hui en dehors des cartes postales immortalisant les destructions, les vestiges des installations souterraines sont encore bien visibles dans la forêt de l’Altenberg, rappelant que Belfort ne fut pas épargnée par les combats de la Grande Guerre, même si les 44 impacts du grand canon sont peu en comparaison des quelques 650 bombes lancées par avions sur la ville durant cette même période. J.C. Tamborini Contact 3 Archives départementales Jean-Christophe Tamborini Adjoint au directeur des Archives départementales 4 rue de l’ancien théâtre - 90000 Belfort Tél. 03 84 90 92 00 Pour en savoir plus… 3 Laurent TATU, Jean-Christophe TAMBORI- NI, La grande Guerre dans le Territoire de Belfort, Coprur, 2005. 3 Thierry EHRET, Belfort sous la menace de l’artillerie allemande, Bulletin de la SBE n°92, 2001. 3 Georges CHARPENTIER-PAGE, 52 mois de guerre à Belfort, Belfort, 1920. 3 Louis HERBELIN, Ephémérides 1914-1918, la revue d’Alsace, 1920-1935. mémoire 29



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