[90] Vivre le Territoire n°73 jun/jui 2005
[90] Vivre le Territoire n°73 jun/jui 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°73 de jun/jui 2005

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Conseil Général du Territoire de Belfort

  • Format : (230 x 300) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : un dossier sur le Ballon d’Alsace.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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mémoirele magazine du Conseil général du Territoire de Belfort Des châteaux pas comme les autres À en croire les guides touristiques, le Territoire de Belfort n’est pas une terre de châteaux. Et pourtant… Certes, le Territoire de Belfort ne compte pas ou peu de châteaux forts du Moyen Age. Celui de Belfort, malgré son origine médiévale à laquelle il doit son appellation, mériterait plutôt celle de citadelle. De celui de Rougemont, détruit dès la fin du XIV e siècle, il ne reste que des vestiges. Rien, non plus, qui ressemble de près ou de loin aux splendides demeures de la Renaissance. Et des résidences nobiliaires des XVII e et XVIII e siècles, seuls quelques témoins subsistent. Terre de frontière, de passage et d’affrontements, la trouée de Belfort n’a pas bénéficié des conditions de sécurité et de prospérité nécessaires à l’épanouissement et à la conservation d’un habitat aristocratique de qualité. Pourtant il y a bien des châteaux dans le Territoire, même si ce qualificatif leur est parfois contesté. Ce n’est qu’au XIX e siècle, à la faveur de l’industrialisation et d’une diminution importante des risques liés à la guerre, que les élites locales commenceront à édifier des résidences rurales spacieuses que leurs propriétaires n’hésiteront pas à qualifier de châteaux. C’est dans le sud du département que le mouvement débute. Les familles industrielles Japy et Viellard sont les premières à faire construire de grandes maisons à l’architecture élégante, dotées de tous les éléments de confort, voire de luxe, nécessaires au train de vie que mènent leurs occupants. Le château Pierre-Japy à Beaucourt, construit vers 1810, est sans doute la première demeure patronale baptisée du nom de son propriétaire, selon un usage qui se maintiendra jusqu’au XX e siècle. D’une grande simplicité extérieure, il est construit sur le modèle du château de Grandvillars édifié en 1790 pour la famille de Pra de Peseux par l’architecte Jean-Baptiste Kléber. Jusqu’au dernier quart du XIX e siècle, ces demeures, encore peu nombreuses, se caractérisent par une certaine sobriété d’inspiration néoclassique, tels le château Edouard-Japy, dit aussi château des Vignes, à Beaucourt (après 1816) ou le château Juvénal-Viellard à Méziré (1840-1844). À partir de 1880, l’industrialisation de l’agglomération belfortaine et la prospérité économique qui en découle provoquent une seconde vague de constructions qui touche cette fois l’ensemble du département et qui atteindra son apogée dans les années 1900. L’édition de 1909-1910 de l’Annuaire des châteaux et villégiatures, ancêtre du Bottin mondain, recense près d’une trentaine de châteaux, villas et autres résidences de campagne dans le Territoire de Belfort. Les familles industrielles et leurs alliées constituent naturellement la majorité des propriétaires de ces châteaux de la « Belle Époque ». Leur inscription dans cet annuaire témoigne de leur appartenance, souhaitée et reconnue, à la haute société française au sein de laquelle cohabitent désormais des membres de l’ancienne noblesse, des industriels, des grands commerçants et des représentants des professions libérales. Dans le sud du département, Le château des Tourelles à Morvillars, par Georges Hennequin pour Ernest de Fontaines et Hélène Viellard, son épouse, 1904-1906 : photographie de Lucien Edmond, début XX es., Archives départementales, 14 Fi 88.
le magazine du Conseil général du Territoire de Belfort A Z E A Le château du Chênois à Bavilliers, par Charles Schulé pour Alfred Engel : élévation de la façade sud, 1901, Archives départementales, 30 J 112. ZLe château de la Rosemontoise à Giromagny, par Constant Tisserand pour Armand Ritter, 1900 : carte postale, début XX es, Archives départementales, 25 Fi 1004. ELe château Weiss à Grandvillars peu après sa construction : photographie de Lucien Edmond, début XX es., Archives départementales, 14 Fi 44. vivre le Territoire - juin/juillet 2005 - n o 73 les Japy et les Viellard agrandissent et modernisent leurs châteaux les plus anciens, tandis que les nouvelles générations en construisent de nouveaux. Dans les environs de Belfort, les industriels alsaciens comme les Engel ou les Dollfus font édifier de belles demeures appelées indifféremment villas ou châteaux. Dans le pays sous-vosgien, les Boigeol, les Ehrard et les Warnod font de même. Les architectes auxquels ces familles font appel, qu’ils soient belfortains, alsaciens ou parisiens, suivent tous la grande tendance architecturale de l’époque : l’éclectisme. Au gré des goûts de leurs clients et en fonction de la nature et de l’importance des édifices qu’ils ont à construire, ils choisissent d’appliquer à leur programme tel ou tel style architectural, qu’il soit hérité du passé (on parle d’historicisme) ou puisé dans la tradition de l’architecture vernaculaire (régionalisme). Rien n’interdit en outre de s’inspirer de plusieurs styles à la fois et d’intégrer à la composition des éléments plus modernes tels que vérandas, bow-windows, marquises etc. Ainsi, le château des Tourelles à Morvillars est conçu en 1903 par l’architecte parisien Georges Hennequin, dans un style inspiré de l’architecture française de la première moitié du XVII e siècle (alliance brique et pierre) avec quelques éléments Renaissance (tourelles d’angle). À Bavilliers, le château du Chênois est construit en 1901 par l’architecte belfortain Fleury de la Hussinière, d’après les dessins de son confrère mulhousien Charles Schulé qui a opté pour le style normand. Le château Weiss de Grandvillars, dont l’architecte est inconnu, présente lui une exubérance stylistique caricaturale. Construite dans les années 1900, cette maison tient tout à la fois du chalet suisse, du pavillon de banlieue, de la villa balnéaire et du château fort ! Ce goût du pittoresque, voire du pastiche, se retrouve dans une moindre mesure dans la plupart des châteaux et villas construits à cette époque. Cette tendance n’exclut cependant pas une certaine recherche de la modernité, notamment par l’utilisation de nouveaux matériaux comme le béton armé. Les relevés mensuels de travaux publiés à partir de 1898 dans la revue Le Béton armé, témoignent de l’emploi croissant de cette technique dans les constructions du Territoire de Belfort. Dès 1898, l’architecte Fleury de la Hussinnière l’utilise pour les planchers de la villa qu’il construit à Beaucourt pour Paul Koechlin, gendre et associé de Jules Japy. Le château de la Rosemontoise à Giromagny, bel exemple de l’architecture néogothique, est construit en 1900 selon la même technique par l’architecte Constant Tisserand. En 1904, la terrasse du château Touvet, toujours à Giromagny, est construite en béton armé par l’architecte suisse Maurice Vallat. L’emploi du verre et du métal est également fréquent, notamment pour les vérandas et les marquises si caractéristiques de l’habitat de plaisance de la Belle Epoque. Encore occupés, parfois laissés à l’abandon, ces châteaux patronaux, constituent une part importante mais quelque peu oubliée du patrimoine architectural du Territoire de Belfort. Longtemps considérés comme des œuvres secondaires, ces édifices font aujourd’hui l’objet d’études intéressantes menées par le service régional de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France qui a publié, en début d’année, deux ouvrages consacrés à l’architecture industrielle du département (voir plus bas). Ces publications, soutenues par le Conseil général, sont un excellent outil de diffusion et de valorisation de ce patrimoine très spécifique. Gageons qu’elles contribueront également à sa sauvegarde. G.N. Contact 3 Guillaume Nahon, Directeur des archives départementales 4 rue de l’ancien théâtre - 90000 Belfort Tél. 03 84 90 92 00 mémoire Pour en savoir plus… 3 Raphaël Favereaux. Patrimoine industriel du Territoire de Belfort. Besançon : Inventaire général, ASPRODIC, 2004 (collection Indicateurs). 3 Raphaël Favereaux, Raphaël (textes) et SANCEY, Yves (photographies). Architecture et Industrie ; Territoire de Belfort. Besançon : Inventaire général, ASPRODIC, 2004 (collection Images du patrimoine, n°230).



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